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LES PSAUMES

Ce qui est remarquable dans cette légende fort ancienne (1549), c'est que ces infortunés, sur la charrette et au bûcher, se soutiennent par le chant des psaumes de Marot et de Bèze, qui pourtant ne furent imprimés que deux ans après (1551). Sans doute, on les enseignait, on se les transmettait oralement dans les églises de Genève.

Lorsque François I" sauva Marot en 1550, ce fut à condition qu'il continuerait le Psautier. Lorsque, en 1543, Calvin l'accueillit à Genève, il le fit autoriser par le Conseil à continuer cette œuvre. A sa mort, Bèze le reprit, l'acheva, et fut autorisé à l'imprimer en 1551 ; mais on changea la musique primitive, galante, inconvenante, profanée par le succès même. François I" les avait chantés, et Henri II, et Catherine de Médicis, Diane, et tout le monde ! Cette musique fut biffée et on lui substitua des mélodies fortes et simples de l'Église de Genève, qu'on iiuprima sous les paroles.

Grande révolution populaire ! Elle gagna par toute la France. Elle donna aux persécutés, aux fugitifs, un viatique, qui ne leur manqua jamais dans leurs extrêmes misères, dans ce qui plus que les supplices énerve les révolutions, l'implacable longueur du temps.

L'Église militante et souffrante, au centre des persécutions, la forte Église de Paris transfigura ces mélodies

et, par un coup de génie, en fit la lumière de l'Europe. Le Franc-Comlois Goudimel, alors à Paris, gardant la sève austère et pure de ses montagnes du Jura, lit hardiment des psaumes un chant d'amis, un chant de frères, une musique à quatre parties.

Jean-Jacques Rousseau confesse avoir reçu en naissant la puissante inspiration de ces vieux chants de Goudimel. Et que d'hommes ils ont soutenus!

Lorsque Rabaut*, aux landes, aux déserts des Cévennes, resta trente années sous le ciel, sans reposer sous un toit, lorsque le Vaudois^ Léger passa tant d'horribles hivers dans les antres des Alpes, au souffle des glaciers, que tiraient-ils de leur sein pour se ranimer et se réchaufï'er? Quelque cordial? Sans doute le cordial puissant de ces psaumes. Ils en chantaient les mélodies, et, si quelque ami courageux osait venir serrer leur main, la sainte assemblée se formait, l'Église était là tout entière, la mâle harmonie commençait, le désert devenait un ciel.

Tout n'est pas bon dans les paroles, mais la musique emportait tout. Tel accent connu et tel vers, souvent chanté dans les supplices [A toi, mon Dieu ! mon cœur monte! ... Mon Dieu! prête-moi roreille), ne manquaient pas leur effet. Et sur les visages bronzés de ces confesseurs du désert une mâle pudeur avait peine à ne pas laisser voir des pleurs^.

,1. Paul Rabaut (1718-1794) a pendant plus d'un demi-siècle dirigé l'Église protestante de France, comme écrivain, comme pasteur, comme organisateur.

2. Léger, chef et historien des vallées vaudoises du Piémont (1615- 1070).

ô. Vovez sur ces martyrs en particulier les Récits du xvi* siècle, de J. Bonnet.

EXT. DES HIST. FK. i5

38fi MICIIELET

Prise de la Bastille, 14 juillet 1789*.

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