‹ Extraits des historiens français du XIXe siècleChapitre 198 sur 246 · Villani, historien, né vers 1280, mort en · texte numérisé non relu

Villani, historien, né vers 1280, mort en

magistrature politique, il fallait que l'on pût y reconnaître l'accent et comme l'habitude du commandement. L'année même du jubilé, Dante, à la tête de la république, est l'un des cinq prieurs de Florence; il dirige cette société orageuse. Plus tard, quand il fera l'office du gon falonier de justice envers l'Italie et le monde, ses cris ses menaces, ses arrêts retomberont avec la force d'une autorité réelle.

La révolution dans les arts.

Le genre de vie des artistes tendait naturellement à élargir leur horizon par delà celui des écrivains. Attachés à une cour, ceux-ci toujours dépendants, esclaves des convenances artificielles, vivaient, mouraient enchaînés, au lieu que l'artiste était le roi de son époque. Plus libre que les princes, il avait seul hérité de l'existence puissante des hommes du moyen âge. Pendant que les poètes n'étaient plus que les complaisants des dynasties nou velles, l'artiste errant de lieu en lieu, véritablement cosmopolite, conservait l'indépendance des républicains du XII* siècle. Le philosophe avait la .langue liée. Ce qu'il ne pourra dire, le peintre, le sculpteur le montreront aux yeux.

Quand on a voulu, de nos jours, prouver par les œuvres de la Renaissance que le beau ne peut se passer d'une croyance inflexible*, on a établi une chose contredite par tous les faits. Il est sûr que les plus grands artistes avaient une foi médiocre. La révolution, que d'autres peuples faisaient entrer dans l'Église par le libre examen, les Italiens tentaient de l'y introduire sous le

1. Chateaubriand, le Génie du Christianisme, III* p., livre I".

voile des arts. Une lettre d'Arétin montre à nu l'idolâtrie de l'athée qui se contente d'embrasser une dernière ombre de Dieu dans les replis et le coloris des nuages de Venise.

« Pierre Pérugin », dit Vasari, a ne voulut jamais croire à l'immortalité de l'âme ; rien ne put vaincre l'obstination de son cerveau de marbre. » La même chose est répétée de Léonard de Vinci. Une seule croyance survivait chez ces hommes à toutes les autres : la foi dans l'idéal et la beauté. Réduite à l'instinct des légendes populaires, leur religion laissait une pleine indépendance à leur esprit. Ils conciliaient admirablement Aristote et la Madone.

Personne ne le montre mieux que Léonard de Vinci. Il y eut chez lui le trait distinctif de l'Italien resté sans patrie, ce même effort immense de ne se laisser enfermer par aucun horizon, hmiter par aucune forme spéciale. Citoyen des mondes, il voudrait se placer au foyer de l'univers, s'identifier avec le génie intime de la création. Anatomiste, chimiste, musicien, géologue, mathématicien, improvisateur, poète, ingénieur, physicien, quand il a découvert la machine à vapeur, le mortier à bombe, le thermomètre, le baromètre, précédé Cuvier dans la science des fossiles, Geoffroy Saint-IIilaire dans la théorie de l'unité S il se souvient qu'il est peintre; et il veut appliquer à l'art humain le dessein du Créateur dans l'unité les organisations.

l Rien ne donne mieux l'idée du sublime que cet artiste qui cherche ainsi son premier modèle de dessin dans la loi intime de la création vivante. « 11 est aisé à l'homme », dib-il, (( de devenir universel, puisque tous les animaux

1. Geoffroy Saint-Hilaire (1772-18ii) a. dans sa Philosophie an atomique (1818-22), développé que l'organisme des animaux est soumis à un plan général, plan dont les modifications de détail forment les espèces, qu'il y a, en d'autres termes, une unité typique du règne animal.

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terrestres ont une ressemblance de membres, c'est-à-dire des muscles, des nerfs, des os; et ils ne diffèrent en rien, sinon en longueur ou en grosseur, ainsi qu'il sera démontré dans l'anatomie. » A cette hauteur, l'art se confond avec la nature, Phidias avec Aristote.

Durant tout le moyen à'ge, la figure humaine avait seule paru digne d'occuper l'art humain*. Qu'était-ce que le paysage dans les fresques du xui^ et du xiv* siècle? 11 n'existait pas. Les peintres semblaient ne pas avoir regardé la face de la terre maudite. Michel-Ange luimême méprisait encore tout ce qui n'est pas de l'homme. C'est contre ce point de vue de l'Église que s'élève Léonard de Vinci dans son Traité de la peinture. Relevant de sa déchéance l'univers visible, il replace l'homme au sein de. toutes les formes de la création.

Regardez son jeune Bacchus au milieu de ce paysage des premiers jours. Quel silence ! quelle curiosité ! il épie dans la solitude les premiers germes des choses, le bruissement de la nature naissante : il écoute sous l'antre des cyclopes le murmure enivrant des dieux*.

Je crois retrouver la même curiosité du bien et du mal dans son Saint Jean précurseur^ : un regard éblouissant, qui porte lui-même la lumière et se rit de l'obscurité des t^mps et des choses ; l'avidité infinie de l'esprit nouveau qui cherche la science et s'écrie : Je l'ai trouvée ; le moment de la révélation du vrai dans une intelligence épanouie; le ravissement de la découverte mêlé à je ne sais quel retour sceptique. Je ne puis reconnaître là le prophète soumis, macéré, du Christ de la passion. N'estce pas plutôt le génie curieux, inventif, avant-coureur de

1. Exagéré. Les chapiteaux des xiii-xv* siècles montrent en particulier un vrai talent pour adapter les fleurs et les feuilles à l'art décoratif ; il y a là un sens réel de la nature inanimée.

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