Également au musée du Louvre
Renaissance, qui perce les ténèbres? Et ce doigt mystérieux levé dans la nuit, que montre-t-il au loin? quel avenir? quel inconnu? Est-ce le Christ rajeuni de Savonarole dans les eaux d'un autre Jourdain ? Est-ce la voûte des cieux agrandie par Galilée ? Est-ce la voile du vaisseau de Christophe Colomb? La religion de la science, le verbe des temps nouveaux, éclatent dans le regard de ce nouveau précurseur.
Le sourire de la Joconde^, n'est-ce pas encore une fois le sourire demi-ironique de l'âme humaine qui promène en paix ses regards sur le monde affranchi des anciennes terreurs? Je ne puis voir cette jeune femme sans me figurer qu'elle entend murmurer autour d'elle la mélodie railleuse des poèmes de Pulci et d'Arioste.
En ôtant l'auréole aux saints, Léonard de Vinci découronne le moyen âge. Dans la Sainte Cène *, les convives n'ont plus rien des types consacrés'. Ces personnages nouveaux annoncent un christianisme nouveau comme eux. Le Christ seul garde au front son auréole mourante : on dirait qu'elle s'efface au souffle du siècle qui se lève. Le mystère s'enfuit, la lumière s'accroît. C'est l'heure où les esprits évoqués par le moyen âge pàhssent et disparaissent. Dans la Sainte 'Cène recommence le banquet de Platon.
Léonard, dites- vous, n'a pensé à rien de cela d'une manière positive. Je le veux bien. Et quel besoin qu'il y ait pensé ? A quoi se réduiraient les œuvres de l'homme le plus grand, si elles ne contenaient que ce qu'il y a mis avec réflexion, à bon escient? Que seraient-elles, si l'on en