A Milan
3. Par l'expression des physionomies plutôt que par la disposition de la scène. Tout au contraire, le peintre semble s'être inspiré, pour reproduire la Sainte Cène^ d'une tradition ancienne chez les peintres et les sculpteurs.
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effaçait tout ce que l'instinct sacré y a fait entrer spontanément et aveuglément? Quelles bornes vous trouveriez bientôt à cet infini 1 et que ces œuvres seraient vite épuisées et méconnues ! Ce qui les fait immortelles, ce qui les rend invincibles à tous les caprices du monde, c'est qu'elles renferment, àl'insu même de leurs auteurs, une foule de vérités en germes, de notions obscures, de rapports cachés avec l'univers, qui, en se manifestant par degrés, les réparent, les renouvellent à mesure que les changements des temps menacent de les rendre* inintelligibles à la postérité. La vraie critique devrait consister à révéler les notions qui n'ont apparu que confuses et obscures au génie de l'artiste.
Certes voilà une pauvre philosophie, d'imaginer que les œuvres d'un homme n'ont avec son époque d'autre rapport que ceux qu'il a nettement aperçus et dont il a eu la conscience claire et positive. Autant vaut dire que les hexagones de l'alvéole de l'abeille n'ont rien de commun avec les lois de la géométrie, parce qu'il a plu à l'insecte de ne se préoccuper en rien des propositions d'Euclide. Il est un point par où se tiendront toujours l'insecte et l'homme de génie ; c'est le moment où ils créent avec la même impulsion aveugle. Une mathématique suprême fait également la loi à la cellule de l'abeille, au nid de l'oiseau, à la hutte du castor, au temple de Thésée, à la Vénus de Milo, comme au Saint Jean et à la Sainte Cène de Léonard. Cherchez et vous trouverez dans les caprices mêmes de l'art italien la géométrie de l'histoire universelle*.
1. Personne, avant Quinet, n'a exprimé d'une manière plus nette et plus éloquente les liens intimes qui existent entre les œuvres d'art et les caractères du temps et du pays où elles se sont produites. Remarquez, avec la grande difterence des styles, l'analogie de certaines tendances scienti ques de Quinet et Taine.
Le premier serment.
Les paroles libérales de Louis XVI étaient contredites à chaque moment par les vaines provocations des gens de cour. Ils mettaient aux prises les cérémonies avec les passions qui grondaient dans tout un peuple.
Pour gagner quelques heures, la cour fait enlever les bancs de l'Assemblée, occuper l'enceinte par des ouvriers qui tapissaient les murs ; et le prétexte était qu'il fallait décorer la salle pour recevoir le roi, à la séance du 22 2.
1. Hachette et Cie ; 3 vol. in-12, 13" édit. — Ouvrage paru en 1863; 6* édit., revue et augmentée de la Critique de la Révolution^ 1869. L'ouvrage s'arrête au Consulat.
Extrait de la préface : « Nous sommes arrivés au temps où un grand nombre d'hommes et peut-être des générations entières demandent la vérité seule, en dehors des idolâtries comme des vindictes de partis ». Bien que l'ouvrage soit entièrement dépourvu de notes, il n'en est pas moins fait directement sur les sources, et en particulier sur les documents inédits. Quinet s'est servi surtout des Notes historiques du conventionnel Baudot, dont les jugements sont véritablement curieux et instructifs. Ils viennent d'être imprimés (1893).
Citons encore ce passage de sa CiHtique de la Révolution, où Quinet indique son système historique : « Le lien des choses dans l'édifice de la Révolution a été pour lui l'affaire capitale. Aucun effort ne lui a coûté pour établir avec solidité cet enchaînement scientifique des causes et des effets qui lui a toujours paru être l'âme de l'histoire.... Dans chacune des journées, il voit se préparer en germe la journée qui la suit. Dans le 20 juin, il voit le 31 mai ; dans le 31 mai, la Terreur ; dans la Terreur qui brise les âmes, il voit l'avènement du pouvoir absolu. »
2. La séance royale annoncée pour le 22 juin, et qui n'eut lieu que le 23. Le serment 'du Jeu de Paume est du 20.
Quels que soient l'esprit et la méthode de ceux qui ont étudié cette journée, nul n'a pu en méconnaître l'importance et la valeur en
Quelque sorte symbolique. Voyez en dernier lieu Brette, le Serment H Jeu de Paume, dans la Révolution française, XX, 1891, p. 386: « La journée fut décisive comme une victoire. »
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Une nation venait de se lever, elle était sur le seuil; on pensait l'ajourner en fermant la porte de l'hôtel des États.
Mais à ces ruses puériles s'ajouta la menace. Des soldats repoussaient les députés à mesure qu'ils se présentaient. Les armes avaient tout occupé. Déjà une assemblée proscrite, repoussée par des soldats sur un prétexte ridicule qui cachait mal la haine. Cette Assemblée Nationale, si tîère la veille encore, fut aperçue errante, dispersée, sans abri, sans refuge, objet de risée et de mépris. Voilà à quoi avaient abouti ses superbes projets. La cour put du moins se repaître de ce spectacle. Qu'elle en réjouisse ses yeux! Ce fut à proprement parler sa dernière fête, et celle-ci ne dura qu'un moment.
Cette violence déguisée ne devait servir qu'à montrer l'unanimité des six cents députée du Tiers. Les uns, il est vrai, proposèrent de délibérer sur la place publique, d'autres sous les fenêtres du roi. Mais tous s'enthousiasmaient à l'idée qu'ils portaient en eux le droit partout où ils étaient rassemblés; ils prenaient le peuple à témoin, comme en d'autres temps ils eussent invoqué le ciel.
Au milieu de cette effervescence, le président Bailly gardait mieux que personne la gravité dans l'enthousiasme ; il entraîne ses collègues vers une enceinte servant à un jeu de paume. L'indignité du lieu fit éclater les plus patients. Voilà donc ce que l'on avait à espérer de tant de promesses du roi! Les États Généraux ne dataient que d'hier : déjà ils étaient relégués comme un objet de dérision pour l'amusement des princes. A quels outrages fallait-il s'attendre, et que voulaient les ennemis de la patriel Car le mot de patrie, si inconnu ou si oublié jusque-là*, se retrouva dans la bouche de Chapelier et de
1. Pas précisément: il serait aisé et instructif de refaire l'histoire de ce mot, au moins depuis 1715. Et l'on verrait que, k la veille de la Révolution, les publicistes en usèrent et en anusèrent et on Je trouverait souvent même dans les documents officiels ; « Bieq
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Moiinier; dès cette heure il reprit sa place dans la langue des Français.
On avait vu chez les gens de cour le plaisir d'humilier. La résolution de se soustraire à l'ancien abaissement entra dans tous les cœurs. De là le serment de ne pas se séparer que la Constitution fût établie. Le lieu était absolument nu. Ces six cents hommes étaient debout, la main levée. On apporte une table, Bailly y monte, il reçoit l'un après l'autre le serment de chacun d'eux. Une seule voix s'y opposa ; celle-là servit à constater la pleine liberté des autres*.
Premier serment d'être libre ! Combien de fois il sera répété ! mais jamais avec plus de sincérité et de force. La majesté, la sainteté de la parole jurée existait tout entière. Bientôt les serments useront les serments.
La simplicité des choses, des formes, des objets ajouta à la grandeur du moment. Les vides murailles s'illuminèrent; la liberté naquit dans la nudité du Jeu de Paume comme l'Enfant-Dieu sur la paille de l'étable.
Œuvre politique de la Constituante
La première chose que la Constituante rencontra, ce fut cet échafaudage du pouvoir monarchique emprunté d'une fausse antiquité. C'était comme l'âme de l'ancien régime, et pourtant cette âme n'était pas née en France. Elle y avait été apportée par l'imitation d'une ancienne servitude*.
avant la Révolution », a dit Tocqucville (l'Ancien né(jime, p. 216), « los édits du roi Louis XVI parlent souvent de la loi naturelle et des droits de l'homme ; je trouve dos paysans qui, dans leurs requêtes, appellent leurs voisins des concitoyens; l'intendant, un respectable magistral; le curé de la paroisse, le ministre des autels; et le Bon Dieu, l'Etre Suprême. »