‹ Extraits des historiens français du XIXe siècleChapitre 22 sur 246 · Cf. ici, p. 1G · texte numérisé non relu

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xxîi INTRODUCTION.

magne; de là aussi, pour le lecteur que la théorie pure pourrait fatiguer, des monicuts de halte et de repos.

Ce qui explique peut-être la place que les personnages ont prise dans ces livres, c'est que, depuis les Essais, Guizot avait écrit sou premier ouvrage d'histoire narrative, le Règne de Charles I", première partie de son Histoire de la lU'vvlulion d'Angleterre (182()-!27).

Les premiers mots de cette histoire montrent en effet qu'elle n'est et ne veut être qu'un récit :

« Le 27 mai 1625, Charles I" monta sur le trône, et aussitôt il convoqua un Parlement. A peine la Chambre des Communes était assemblée qu'un homme de bien, compté sous ce dernier règne parmi les adversaires de la cour, sir Benjamin Rudyard, se leva, et lit la motion qu'on ne négligeât rien désormais pour maintenir entre le roi et le peuple une parfaite harmonie : « Car », dit-il, « nous pouvons tout espérer du prince qui nous gouverne, pour le bonheur et les libertés de notre pays.... »

C'est exactement de la même manière que l'ami de Guizot, Barante, avait commencé son Histoire des ducs de Bourgogne, qui est et demeurera le type de la chronique historique (parue en 1824); je ne doute pas que Guizot, dans son livre sur Charles P% ne se soit inspiré de la méthode de Barante. Immédiatement après ce préambule viennent le portrait du roi et le tableau de l'Angleterre en 1625 ; quinze pages plus loin, le récit reprend. Barante ne procédait pas autrement.

On pouvait s'y attendre : la narration, chez Guizot, est un peu froide et presque trop digne; elle est loin d'être terne, mais elle manque d'éclat ; si l'émotion n'en est pas absente, elle est noblement contenue; la vie y est forte et sans expansion. Mais le style est si clair et si ferme, l'auteur s'elface si complètement et repousse avec une telje habileté les ornements étrangers, que, lorsque la scène est grandiose ou terrible, le lecteur la voit sans peine dans toute sa beauté. Il y a dans les cérémonies de l'Église protestante, môme sous ces voûtes nues et grises, au son de ces chants d'une simple mélodie, au milieu de ce culte sans ornements et sans mystères, des moments d'une émouvante grandeur : c'est ce genre d'émotion que Guizot connaissait et qu'il mit dans son œuvre i.

1 Yovez Taine, Essais de tri- \ Simon. Tfiiers, Guizot, Rémusa t, tiqùc; Faguet, X IX' Siècle; Jules] 18«5; bardoux, ùuizot,\Sùi, etc.

INTRODUCTION. xxm

Pins encore peut-être que dans ses ouvrages sur les institutions tio la France, la science, dans la Révolution, est impeccable. Chaque ligne a sa preuve, chronique, pamphlet ou procèsverbal officiel. Chez les savants anglais de nos jours, Guizot passe pour un guide d'une sûreté absolue. Ce théoricien des lois était devenu un habile metteur en scène de documents.

Guizot avait en elîet la passion des documents au même degré que Thierry. Avant de publier son Histoire de Charles I"", il avait organisé et dirigé une Collection de documents relatifs à la Révolution d'Angleterre. Après avoir publié ses Essais, il entreprit une Collection de mémoires relatifs à l'Histoire de France (depuis le 15 déc. 1823). Il disait, dans le prospectus de cette collection :

« Les monuments originaux de notre ancienne histoire ont été jusqu'ici le patrimoine exclusif des savants; le public n'en a point approché. Il na pu connaître la France et sa vie, du v au xiu* siècle, que par les ouvrages d'écrivains modernes. »

Dans cette collection, qu'il surveilla de très près, Guizot traduisit l'histoire de Grégoire de Tours : sa traduction était exacte, élégante, d'une naïveté tout historique. C'était une façon, pour Guizot, de faire son « récit des temps mérovingiens ».

¥a\ 1822, l'État suspendit le cours que Guizot professait à la Sorbonne; il ne put le reprendi'e qu'en 1828. De cette manière, il n'avait pas été alfaibli par l'action parfois énervante du professorat continu; d'autre part, il n'avait pas eu le temps de s'endormir dans la douce quiétude d'un travail que rien ne dérange. A la fois orateur et érudit, chef d équipes de travailleurs et écrivain aux réflexions personnelles, documenté par le livre et par la pensée, narrateur entre deux ouvrages de philosophie historique, Guizot était, en 1850, un des hommes les mieux doués que la France possédât, l'historien qui pouvait paraître le plus prêt pour les plus belles choses.

Guizot était alors le principal représentant de l'école philosophique. On ne citait guère, au-dessous de lui, que Lemontey*, dont nous avons parlé, et Raynouard, définitivement gagné aux études historiques : son Histoire du droit mutiicipal

1. Lemontey, l'Histoire de la ! Louis XV (1832 et s.) se rattache Régence et de la minorité </<' | davantage au genre narratif.

xxiv INTRODUCTION

(1829), malgré de nombreuses erreurs et le parti pris de tout ramener à des origines romaines, contribuait fortement à développer l'étude des institutions communales et le patriotisme rétrospectif du Tiers État. Il a été le premier à suivre les conseils donnés par Thierry.

Z" l'École narrative : barante, Thierry

Mais les goûts romanesques de l'époque demandaient surtout des récits de bataille, des scènes attendrissantes, de pittoresques descriptions. Walter Scott et Fenimore Cooper s'imposaient même à Guizot, qui, dans ses cours et ses livres, es nommait sans sourire et les citait sans crainte.

En ce genre, Michaud avait été un devancier assez oublié en ce temps-là. Sismondi vint ensuite avec son Histoire des Fratiçais^. Les trois premiers livres de ce dernier ouvrage furent le gros événement historique de 1821.

Celui-là aussi suivit les conseils de Thierry. Anquetil avait copié Velly, Velly avait copié Mezeray ; Sismondi affecta de ne point connaître ses devanciers; il alla, dit-il, aux textes, et en tira son livre. Les faits sont exactement présentés ; il y a effort pour éviter ces anachronismes de style que Thierry pourcliassait, et, comme disait Guizot, « pour transporter ses lecteurs au sein de la vieille France* ». Tout le monde, et avec raison, vanta dans ce Hvre « une riche et soHde instruction ». Mais, en ce qui concernait les institutions, les mœurs, les lettres, les idées, Sismondi était fort superficiel ; et on lui reprochait ^ d'avoir échoué dans le récit de ces deux règnes de saint Louis

t. Pour ne point parler de son Histoire des Républiques italiennes (1807-1818), à laquelle les contemporains reprochaient d'être mal écrite (et avec raison) et d'avoir négligé l'histoire littéraire. Du même temps et de la même école : Ségur, Histoire universelle, 1821 et s. ; Villemain, Histoire de Cromwell, d'après les mémoires du temps et les recueils parlementaires, 1819, 2 v. ; Daru.

Histoire de la République de Ve-

nise, 1819 et s. Il faut dire toutefois que de tous les historiens de ce temps, Daru est peut-être celui qui a fait le plus complètement et le plus méthodiquement de la critique des sources. L'Histoire de Paris de Dulaure (1821) fut fort discutée.

2. Guizot dans le prospectus de sa Collection de Mémoires relatifs à l'histoire de France.

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