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DOCUMENTS ET MUSEES

Tous les recueils de documents qui parurent ces quinze années répondent à ce même désir de « retrouver la vie du passé » : assez peu de chartes et de lois, mais beaucoup de

1. Michelet, Origines du Droit, 1 2. Ibidem, p. lxxs. P- '!'• I 3. Ibidem, p. lxxxvi.

xxxvi INTRODUCTION.

clironiques et de mémoires : les deux colleclions de Giiizot, celle de Pelitot (depuis 1818); des recueils de poésies et de chants populaii'es : de Raynouard, les Choix de poésies originales des troubadours (181G et s.), de Fauriel, les Chants populaires de la Grèce moderne (1824-1825). L'épigraphie rouiaine, qui coinnieiiçait à passionner l'Allemagne, nous serait demeurée étrangère, sans les mémoires de Letronne sur l'Egypte impériale; par une réaction toute naturelle, la Restauration est une des époques (eu dépit des consciencieux travaux de Naudot) où la France a le moins étudié l'antiquité romaine et nous n'avons jamais regagné l'avance que nous laissions prendre alors par nos rivaux. Letronne et Raoul Rochette maintenaient en revanche le goût de l'antiquité grecque: mais déjà l'Allemagne nous avait atteints et dépassés : car ces années sont les plus belles de l'activité scientifique de Bœckh. Nous conservions une prépondérance incontestable en numismaticjue ancienne, grâce aux grands répertoires de Mionnet*. L'État se désintéressait peut-être un peu trop de ce mouvement; toutes les recherches sur le passé de la France semblaient l'inquiéter. Il fonda l'École des Chartes (1816), mais l'idée première en appartient à Napoléon, qui rêvait de « bénédictins laïques travaillant dans une espèce de Port-Royal ». Par contre, il suspendit (de 1822 à 1828) le cours de Guizot, et supprima, vers le même temps, l'École Normale. Il subventionnait plus volontiers les études orientales : là, croyait-il, point de danger pour lui. Surtout, il constituait le Louvre : fondation, en 1828-1850, de la galerie des objets d'art du moyen âge et de la Renaissance; eu 182i, de la galerie de sculpture des mêmes époques; en 1827, de la galerie égyptienne; en 1821, la Vénus de Milo entrait au Louvre. Mais les ennemis du régime bourbonien lui en savaient peu de gré, songeant seulement à ce que le Louvre avait été sous l'Empire, enrichi des chefs-d'œuvre de l'Europe entière. Puis, en 1810, le gouvernement avait lamentablement dispersé le Musée des Monuments français, qu'un demi-siècle d'efforts n'a pu parvenir à reconstituer dans les thermes romains de Cluny^.

1. Commencés en 1806. Mionnet I 2. Le Musée des Thermes est est mort en 1842.. | en germe dès 1819-1820. Cf. ici,

INTRODUCTION. xxxvii

8° ^storieîfs de la littérature et de la philosophie l'orientalisme, résumé

II n'y eut jamais dans notre pays une plus riche poussée de travail littéraire que dans ces dix années de la Restauration : l'année 1821 est peut-être celle où la France a le plus produit de livres historiques; puis viennent les noms célèhres, Guizot en 1823, Thiers en 1825, Mifjnet en 1824, Rarante en 1824, Thierry en 1825, chaque année amenant sa grande œuvre. En niénie temps que l'histoire politique, l'histoire de la littérature ou de la philosophie s'alTranchissait de la tradition classique de La Harpe ou de Laromiguière : celle-là avec \illemain et Sainte-Beuve, celle-ci avec Cousin.

De 1828 à 1850, les cours que firent, à la Sorbonne, Guizot, Cousin, Yillemain, furent des événements politiques et littéraires. Us attirèrent une affluence d'auteui-s « dont le souvenir », dit Thierry, « est presque fabuleux^ ». C'était une école à la fois de science et de libéralisme :

« Des souffles divers portaient le même mouvement dans les esprits », dit Guizot à ce sujet dans ses Mémoires-. « Nous avions à cœur de les animer sans les agiter. Nous pensions librement et tout haut sur les grands intérêts, les grands souvenirs et les grandes espérances de l'homme et des sociétés humaines, ne nous souciant que de propager nos idées, point indifférents sur leurs résultats possibles, mais point impatients de les atteindre, heureux du mouvement intellectuel au centre duquel nous vivions, et confiants dans l'empire de la vérité que nous nous flattions de posséder. »

Cousin a sa place marquée dans le mouvement historique : non pas seulement à cause des aimables livres qu'il consacra sur le tard aux femmes du xvu« siècle, mais aussi parce qu'il essaya de faire, en 1828, la théorie de la méthode et de la philosophie histoi-iques : avec quelle légèreté de connaissances,

p. 97. De ce temps sont les premiers travaux de Caumont à Caen (1821) et le célèbre recueil de Seroux d'Agincourt sur l'Histoire de l'Art (1815 et suiv.). A certains égards, les antiquités de la France étaient alors plus étudiées en province

qu'à Paris même. Il y aurait une étude à faire sur la décentralisation scientifique pendant la Restauration et sous l'influence du romantisme: cf. ici, p. il,

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