Chapitre Vil
xxxvni INTRODUCTION.
qudle assurance d'expression, quelle ignorance du travail érudit, à peine est-il besoin de le dire. Pourtant, il y a encore beaucoup à prendre dans ses leçons sur la pliilosoplne de V histoire^ : de larges vues, des idées séduisantes, les réminiscences non déguisées de llerder et de l'Allemagne, et le souvenir de l'incontestable impression qu'elles firent sur Michelet.
Un autre théoricien de l'histoire était alors l'excellent Daunou, polygraphe à la fois superficiel et consciencieux, rédacteur omniscient du Journal des Savants, professeur au Collège de France*, maître fort écouté, à la méthode excellente, si on en croit Thierry, et auquel on pardonnera beaucoup de jugements rapides et de théories surannées en faveur de cet excellent témoignage et de son ardent amour pour l'histoire.
Aux mêmes années, cette science de l'Orient, où la France et l'Angleterre se sont toujours partagé ou disputé la prééminence, était en des coups d'éclat renouvelée par des Français de génie, ChampoUion et Burnouf.
Celui-là (né en 1790) s'était, dès la sortie de l'enfance, fait de l'Egypte une seconde patrie ; il l'avait devinée, comprise et conquise sans l'avoir visitée. En 1811, il commence à préparer son livre sur Y Egypte sous les Pharaons; puis il s'attaque aux hiéroglyphes, et, le 17 septembre 1822, dans sa lettre à M. Dacier sur l'inscription ti'ilingue de Rosette, il montre que les caractères mystérieux y sont la traduction des mots grecs ou démotiques. Ce jour-là, comme on l'a dit souvent, le plus ancien monde était découvert. Les années qui suivirent, ChampoUion continua sa tâche avec cette ardeur juvénile qui ne le quitta jamais. En décembre 1827. il préside à l'inaugulalidii de la galerie égyptienne du Louvre, qui est à la fois pour lui un temple et un foyer. Mais il n'a point encore vu « la terre promise » de l'Egypte : enfin, l'État lui confie une mission; il débarque à Alexandrie (1828'i. et ni Moïse à la vue de Canaan, ni Colomb à la vue de San Salvador, n'eurent un tel enthousiasme. Au cours de son voyage, ChampoUion envoyait des lettres au Moniteur . cet égyptologue impénitent écrivait ses impressions avec la fougue d'un romantique.
Eugène Burnouf (1801-1855), quoique plus jeune, est plus