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Toujours existante

Revue

xLiv INTRODUCTION.

que les commissions officielles, à organisation compliquée et à marche laborieuse. L'initiative provinciale, depuis 1815, faisait beaucoup pour la science.

Sous la tutelle du gouvernement, la science historique s'organisait donc en véritable puissance, avec ses maîtres, ses écoles, ses missionnaires et ses assises, le cours périodique de ses journaux et la masse compacte de ses gros recueils.

Remarcjuons bien ceci : rien de ce qui sert à l'histoire ne fut négligé dans celte organisation méthodique : les manuscrits, les inscriptions, les médailles, les monuments, tout ce qu'une nation laisse d'elle fut mis au jour. Ce fut la recherche « intégrale » du passé.

2° MICHELE!', « L'iIISTOniE ROMAINE ))

L'œuvre de Michelet correspond à ce mouvement.

C'est vers 1828 qu'il commença son premier grand livre, l'Histoire romaine : elle parut en 1831.

En ce temps-là, comme il le disait lui-même, « deux écoles étaient dominantes, la grisaille et l'enluminure, Técole raisonneuse et les pastiches de Froissart », celle de Guizot et celle de Barante. Les idées héritées du xvni« siècle et reprises i)ar Thierry étaient maîtresses : l'histoire s'explique par la conquête et ses conséquences, et par les luttes des races.

Dans l'Histoire romaine, Michelet « marche seul, inexpérimenté, mais très riche de faits et d'idées, plein d'un grand souffle- ». C'est lui qui parle ainsi de lui-même.

La race, il en tient compte, mais seulement pour les époques lointaines : il a eu Niebuhr sous les yeux, et il explique l'ancienne Italie par la prédominance de la race pélasgique :

« Rome est une cité d'origine pélasgo-latine. La tradition qui hii donne Allje pour métropole, et fait remonter son ori{,nne, par Alhc d Lavinium, jusqu'à la grande ville pélasgique de Troie, fut adoptée

1. Voyez Fagiict, A'/.V" siècle; le livre deCorréa. (I sur ilichelel (collection Lecène etOucliri), et celui de llonod, Renan,Taine, Michelet, '1894. Le centenaire de Michelet

(1898) adonné lieu à denoinhrcux articles et discours sur l'historien.

2. Cf. ici, p. 501 et s. M. Boissier a étudié ce livre de Michelet, Revue des Deux- M ondes, 1898.

INTRODUCTION

publiquement par le peuple romain, qui reconnut les habitants d'iliuni pour ses parents. Le culte asiatique de Testa, celui des Pénates, analogues aux Cabires pélasgiques, et représentés, comme Romulus et Rémus, sous la forme de deux jeunes gens, témoignent encore de cette origine*. »

Mais, une fois Rome fondée, Michelet abandonne cette question de races. Il a devant lui une nation, avec un génie déterminé, et cette nation se fait d'elle-même, ce va se créant de son énergie propre, s'engendrant de son âme et de ses actes incessants ». On reconnaît là l'élève de Vico, de Herder et de l'Allemagne régénérée.

Dans cette nation, deux choses préoccupent d'abord Miclielet : le sol où elle a" vécu, le droit dont elle a vécu ; ses premiers chapitres sont consacrés à une description du Latium et de l'Italie, à un examen des formules des Douze Tables. Voilà qui était nouveau en ce temps-là, en France du moins : dans aucun des livres dont nous avons parlé, il n'était question de la configuration du sol 2, dans aucun non plus, des formules et des principes juridiques. C'est que Michelet retrouve, dans la nation, l'image morale de sa demeure et de son sol, et, dans son droit, l'expression symbolique de son âme. Notez que Michelet, pour faire son livre, a visité la péninsule : à chaque fois que l'histoire romaine se déplace en Italie, il ajoute une description nouvelle. La guerre samnite éclate, et avant de conduire les légions en Canipanie, Michelet décrit le pays, comme il l'a vu.

Dans le récit qui se termine à la mort de César, même abstraction de la question de race, même emploi parallèle de la terre et du symbole. La guerre du Samnium n'est point la lutte entre deux races, mais celle « de la cité contre la tribu, de la plaine contre la montagne ». Le symbolisme mythologique de Grimm et de Creuzer est complété chez Michelet par un symbolisme historique.

Connne « du fatalisme des races », Michelet se défie « du fatalisme des grands hommes », dont Thiers et Mignet, et peut-être même Guizot, avaient abusé. Il les ramène volontiers

1 . On ne saurait faire trop de ré- ?rves au sujet de ces vagues et apidcs assertions.

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