‹ Extraits des historiens français du XIXe siècleChapitre 40 sur 246 · bauf le premier livre de Daru · texte numérisé non relu

bauf le premier livre de Daru

&ur Venise et les leçons de Cousin.

Cf. p. xxxn. En cela encore, on peut noter l'influence de Herdcr, cf. p. xxxu, n. 1.

xMi INTRODUCTION.

il n'être que des symboles d'un temps, d'une idée, d'une institution. César est « l'iiomnie de l'hunianité » ; Caton l'Ancien est « le vieux génie italien ». — Ici Miclielct aurait pu prendre garde. Que les grands hommes soient la conséquence fatale d'une révolution, ou qu'ils soient le symbole vivant d'un peuple ou d'une idée, leur force est la même, et il faut également s'incliner devant eux.

VHisloire Homaine de Miclielet manque trop de cette analyse critique des documents, qui était d'ailleurs étrangère aux écrivains de cette génération, et qui est nécessaire surtout à riiisloire de l'antiquité. La véritable histoire de l'antiquité repose en partie sur des subtilités de critique et des arguties de texte, et Michelet procédait par belles envolées d'images.

Et cependant, il y a dans ce liM^e toute la matière de l'histoire : Michelet a lu les textes. et de droit et de littérature ; il connaît les inscriptions et les médailles ; il a vu le pays, examiné ses conditions agricoles ; il a fait des études sur la langue latine : il a cherché des points de comparaison avec les autres peuples; il a recouru au procédé de l'analogie. Il s'est servi des lois qu'Abel Rémusat avait trouvées pour les langues tartares. Que nous sommes loin de Thierry, qui ne connaît que le chroniqueur; de Guizot même, qui s'attache surtout à l'imprimé! Ici tout est matériaux pour l'histoire ; tout est histoire, le sol, la pierre gravée, la langue parlée.

3° MICHELET, l'histoire DE FRANCE*

De 1833 à 1844, Michelet donna les six premiers volumes de son Histoire de France, allant des origines à la mort de Louis XI. On sera vite frappé de l'absolue simihtude qui existe entre la méthode de cette œuvre et celle de la précédente.

L'objet de Michelet est la résurrection de la vie intégrale du passé — répétons encore ce mot intégral, puisque Michelet y tenait. 11 le dit nettement dès sa préface de 1833*:

1. En 1831, de Michelet, l'Intro- 1 2. Voyez ici, p. 312 et suiv., de duction à V Histoire tiniverselle; quelle manière Michelet, dans sa en 1833, le Précis de l'Histoire de préface de 1869, caractérisa lui- France. | même son œuvre. Il l'a jugée sans

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le sol et les hommes, le peuple et les chefs, les événements, les institutiojis et les croyances, il ne négligera rien. Voltaire avait, dans son Sircle de Louis XIV, donné de l'histoire une formule presque semblable. Mais chez Voltaire, l'étude des institutions et des beaux-arts ne fait que compléter un tableau : ce sont des chapitres qui viennent s'ajouter à d'autres chapitres; chez Michelet, au contraire, il faut que « l'histoire politique soit éclaircie par l'histoire intérieure, celle de la philosophie et de la religion, du droit et de la littérature ». De ces éléments divers naîtra une seule et même idée ; la vue du sol et le récit des faits, la lecture des grandes oeuvTes et la vie des grands hommes produiront la même impression; l'étude dans l'espace et l'étude dans le temps amèneront à la même conclusion. Comme l'examen de la physionomie, des facultés et de la conduite d'un homme permet de connaître et de juger son âme, de la même manière il faudra retrouver le génie de la nation ou l'esprit d'une époque :

« Ce n'est pas moins », disait Michelet en annonçant son livre en 1853, « qu'une formule de la France, considérée d'une part dans sa diversité de races et de provinces, dans son extension géographique, d'autre part dans son développement chronologique, dans l'unité croissante du drame national. C'est un tissu dont la trame est l'espace et la matière, dont la chaîne est le temps et la pensée. »

Pour arriver à « cet idéal », Michelet combine les méthodes des deux écoles qui l'ont précédé*. De l'école narrative, il tient le goût des beaux recils, vivants, imagés, colorés à la couleur du temps. Aux systèmes de l'école philosophique, il emprunte ses études sur le gouvernement, sur l'état social, sur les questions religieuses. Mais il a mêlé ces deux méthodes de manière à ce que la fusion soit complète. — Car, dans le récit, il rattache le fait local et temporaire, bataille ou construction d'église, à un principe permanent qui dirige les actions humaines, à l'idée éternelle pour laquelle on combat. La vie

fausse modestie, mais avec une profonde vérité. A la rigueur, cette préface aurait pu nous dispenser d'en parler ici à notre tour. Toutefois Michelet apportait, en 1869, dans ses théories sur l'histoire,

plus de précision qu'il n'en avait sans doute en 1833.

1 . Cf. ici page 313. Et préface de 1833 : « Ce livre est un récit et ini système. » Par là il indique bien qu'il a voulu réunir lesdeux écoles.

xLviii INTRODUCTION.

batailleuse des Liégeois est le résultat du « principe daction, qui veut qu'on ne cesse un moment de produire sans détruire*»; la Renaissance est « la réconciliation du beau et du vrai^ ». — Dans l'examen des institutions, Michelet retrouvera do même les passions ou les espérances de la vie humaine. La formation de la féodalité, c'est « le triomphe de la matière, qui s'en va et se dissipe vei'S les quatre vents du monde' »; l'or, c'est « la richesse subtilisée* », — Ainsi, l'histoire de France sera la lutte, dans l'âme d'une nation, de forces vitales et de principes éternels. J'ai embrassé la France, disait Michelet, « dans l'unité vivante des éléments naturels qui l'ont constituée. Le premier, je la vis comme une âme°». Augustin Thierry, en voyant ainsi ses beaux récits concrets et humains se transformer en luttes de symboles, s'indigna contre cette nouvelle manière de présenter l'histoire : c'est, disait-il, une pure lutte d'esprits, une perpétuelle psychoviachie^. Prenons le mot en bonne part, et nous pourrons l'accepter pour vrai.

D'autant plus vrai qu'au-dessous des forces en lutte, Michelet, du moins dans les six premiers volumes de son Histoire de Fronce, a bien vu et bien jugé les hommes, les faits et les monuments, et qu'il les a jugés d'après les sources, très minutieusement étudiées. Il a fait, du xni« au xv« siècle, un emploi constant et judicieux des documents originaux, et en partie de textes inédits. Rappelons-nous que ces volumes ont été faits dans les Archives du Royaume ; Michelet y était employé ; il a classé des inventaires, il a publié des procès- verbaux. Les Archives ont été « le paisible théâtre de ses travaux- »; c'est « le lieu qui les a inspirés ». Ni Thierry à cette date ni Guizot dans sa Civilisation n'ont eu grand souci de l'inédit^. Michelet eut le désir obsédant de demander à l'inconnu la source d'une connaissance nouvelle. Ce n'est pas en vain qu'il avait passé à l'école de Niebuhr et des maîtres allemands; il a voulu, comme eux, être un découvreur de textes.

Cela donne à ses volumes sur la fin du moyen âge, outre leur charme littéraire et leur portée philosophique, de

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