Cf. ici, p
INTRODUCTION. xi.i^
solides assises d'érudition. Ses études sur l'art gothique* reposent sur de très consciencieuses recherches, que les archéologues des cathédrales et les Antiquaires de Normandie lui ont aidé à faire, et qu'il complétera plus tard à l'aide des j renseignements oraux fournis par Quicherat. Son livre sur 1 I^uis XI, le plus détaillé do tous, sera peut-être le morceau lie plus durahle de son Histoire : il y a là une connaissance * (très approfondie des sources, un sage emploi des documents, lune fort juste appréciation du règne et du personnage, toutes I choses qui étaient fort malaisées dans l'état do la science < on 4844.
De cette manière d'envisager l'histoire devaient rcsuUer un jtlan et des théories fort opposées à celles de ses prédécesseurs. Le premier volume est une sorte de préface : c'est la France d'avant la fusion des races (jusque vers l'an mille). Les races. Michelet les accepte encore pour ces temps reculés ; il garde, dans ce volume, l'influence de Thierry et de ce fatalisme ethnographique contre lequel il s'insurgera plus tard : peu ou point do recours au symbolisme, beaucoup de récits et des portraits-. — Mais au second volume, ^ssez brusquement, l'action de la race a disparu : dès après la dissolution carolingienne, il n'y a qu'une nation prenant conscience d'elle-même, une France, personne ayant une âme : « La France est le pays du monde où la personnalité nationale se rapproche le i)lus de la personnalité individuelle ^. »
Aussi est-ce à ce second volume que commence véritablement Yllisioire de France de Michelet. Il voit enfui le co7'ps de la patrie avant d'assister à la naissance de son génie. Ce corps et ces membres, c'est le sol et ce sont les provinces, dont l'historien fait la description au début de ce second volume. I On connaît le « tableau de la France », qui est peut-être le ! chef-d'œuvre de Michelet*, et n'oublions pas que pour le tracer il vit et revit le pays.
La géographie, avons-nous déjà remarqué, ne tient aucune place dans les œuvres de Guizot et de Thierry. Michelet a, le premier en France, affirmé hautement que « les divisions
Fin du t. II, 1" édit. 1 avant l'Histoire romaine même.
Je ne serais pas étonné 3. Tome II, p. 127. que ce volume ait été écrit 4. Nous on donnons le principal en grande partie avant 1830 et | fragment, p. 321 et s.
^^^K^ EXT. DES HIST. FR. d
L INTRODUCTION
politiques répondent aux divisions physiques », que les hommes et les événements sont « les fruits des diverses contrées ». — C'était, dans l'histoire de France, une révolution ; d'autres l'ont préparée, mais c'est bien Michelet qui l'a faite.
Chacune des provinces de la France, continue-t-il, a son rôle, son génie, son action, comme chaque organe a sa fonction. Voilà encore, à mon sens, une autre révolution faite en histoire par Michelet. Avant lui, d'autres historiens de la France, Tliierry surtout, avaient parlé de la province* : Michelet est le premier qui ait essayé, tout en faisant l'histoire générale du pays, de faire l'histoire particulière de ses provinces et de ses villes. Il a eu cet inoubliable mérite, à la fois de rattachei^ les destinées de la France à celles de l'humanité, et de retrouver la vie municipale dans la vie nationale. Quand il voyageait en France, une de ses vives curiosités était de chercher comment les villes s'étaient formées, les causes qui expliquaient leur topographie et leur rôle social. De tous nos historiens, Michelet a été, si l'on peut dire, le moins dynastique et le moins cenlralisateifi".
Sous quelles influences maintenant la France va-t-ellc grandir? Les races? il n'en est plus question; les grands hommes? ils ne sont que les porte-paroles de leur temps et de leur nation. La France se transformera sous les mêmes influences inconnues et complexes qui transforment l'individu : le tiavail que le peuple fait sur lui-même, souffrant et luttant. Usant et pensant, explique comment les institutions et les religions changent et périssent; à ce travail, les conquêtes ne touchent qu'à peine, les races ne le modifient point, les grands hommes sont impuissants devant lui. Le peuple est son propre Prométhée^.
« Races sur races, peuples sur peuples; Galls, Kymry, Bolg, d'autre part Ibères, d'autres encore, Grecs, Romains; les Germains viennent les dernier. Cela dit, a-t-on dit la France? presque tout est à dire encore. La France s'est faite elle-même de ces éléments dont tout autre mélange pouvait résulter. Les mêmes principes chimiques composent l'huile et le sucre. Les principes donnés, tout n'est pas donné ; reste le mystère de l'existence propre et spéciale. Combien