‹ Extraits des historiens français du XIXe siècleChapitre 48 sur 246 · Renan appelle Thierry son « père spirituel », Souvenirs · texte numérisé non relu

Renan appelle Thierry son « père spirituel », Souvenirs

p. 371; Avenir de la Science, p. in.

3. Ajoutez' VHistoire d'Attila, 1856, et ses derniers Hvres sur l'Empire romain.

Lx INTRODUCTION.

cessé de prospérer, et dans toutes les villes où on travaillait, c'était aux conseils, aux leçons, à l'exemple de Thierry qu'on rapportait la reconnaissance des résultats acquis. Aujourd'hui encore, c'est de lui, dans certaines villes, que les vieux érudits aiment à dater le renouveau des études locales. Bientôt, autour de lui, un groupe de jeunes érudits, ardents au travail et enthousiastes de leur maître, l'aidèrent dans sa lâche, et, sous sa direction, enrichirent de publications importantes la Collection des documents inédits, collaborant à son recueil : Ch. Louandre, le fils de l'historien d'Abbeville, Granier de Cassagnac, qui publiait son Histoire des Classes nobles (1840), M. Ludovic Lalanne, curieux de toutes choses anciennes et d'une curiosité jamais déçue, et surtout Bourquelot, le plus lidèle et le plus cher de tous. Nul liistorien en P'rance n'avait encore exercé une telle influence, si complète, si durable, si bienfaisante.

Ces années (1840-1850), qui marquèrent pour Thierry l'apogée de la gloire, lui apportaient en même temps la monotonie dune éternelle souffrance. La cécité était sans remède; la paralysie s'y était jointe. C'est de son fauteuil qu'il dicta ses derniers livres. Ses amis et ses élèves demeurèrent toute leur vie sous l'impression de « ces prodiges de volonté et de persévérance » accomplis par Thierry. Il ne leur laissa pas seulement des leçons d'histoire, mais, ce qui valait mieux, l'exemple de la plus ferme vertu.

« Ses écrits », écrivit Renan*, « resteront comme un monument de ce que peut la volonté humaine contre des obstacles en apparence insurmontables, et sa vie aura réalisé le prodige, sans exemple peutêtre, d'une âme forte sacliant se passer des sens extérieurs et continuant durant trente années une brillante carrière intellectuelle avec des organes plus qu'à demi conquis par la mort.

« Là est la grande leçon morale qu'Augustin Thierry a donnée à notre temps. Le monde des sens lui a manqué, et il a toujours eu des raisons de vivre. L'univers lui apparut comme quelque chose de curieux et d'attachant qui mérite qu'on s'en occupe : il eut cet esprit d'investigation, cet immense appétit de vérité qui fait embrasser la vie avec ardeur ou la supporter avec courage. C'est par là, disons-le, que notre siècle se relèvera de son abattement. »

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