Empire, t. XII, p. xiiv. l 2. Cf. ici, p
Lxiv DITRODIICTION
du mémoire est un récit ininterrompu, tressé uniquement à l'aide des documents originaux* : çà et là quelques portraits, traduits ou résumés des textes anciens ; une réflexion de loin en loin, qui résume une période et annonce la suivante. xMignel a peu de goût pour l'étude des institutions : il ne l'a abordée que dans deux mémoires, sur la Gennanie au Viw et au JX" siècle (1850) et sur la Formation territoriale et politiquede la France (1838?), qui ne sont point les meilleurs : on dirait que les analyses délicates, que les rapprocliemenfs haljiles de textes pris loin l'un de l'autre le fatiguent et linquiètent. En revanche, il a un goût très prononcé pour les détails minutieux et qui fleurent l'anecdote, mais l'anecdote sérieuse : son Antonio Perez et son Abdication de Charles- Qnint, (pii sont de la pleine maturité de sa vie (1844-1852), le prouvent aisément. Pourtant, quand il veut grouper en une idée commune les événements d'une période, faire le tableau d'une vie ou d'un siècle, il réussit admirablement : voyez sa Succession d'Espagne- et les résumés dont il termine sans exception tons ses livres, résumés où il n'y a rien de trop et où rien n'est oublié, où toute expression porte, où la longueur même de chaque période semble proportionnée à l'importance du fait qu'elle exprime^.
Tout cela fait des œuvres de Mignet des modèles de composition historique, de précision scientifique et délégaiice académique. Le style est d'une limpidité, d'une sobriété classique. Aucune couleur, aucune saveur : Thiers a peut-être songé à Mignet en parlant quelque part du style historique : « C'est une glace si pure que le verre ne s'aperçoit pas, c'est la transparence absolue » : le verre, dans cette métaphore, c'est l'auteur. Dans l'épisode le plus dramatique qu'il ait eu à écrire, la mort de Marie Stuart, je défie de trouver un mot qui soit une réflexion de l'auteur*. Et malgré tout, les livres de Mignet se lisent avec presque autant de plaisir que de profit, et, si l'intérêt et l'émotion y viennent toujours du fait historique et non de l'écrivain, c'est qu'il a réussi à donner, avec l'exactitude du fait, la vérité de l'impression.
La carrière de Mignet devait être aussi régulière que son