‹ Extraits des historiens français du XIXe siècleChapitre 52 sur 246 · HISTOIRE PUILOSOPHIQUE I CHATEAUBRIAND ET TOCQUEVILLE · texte numérisé non relu

HISTOIRE PUILOSOPHIQUE I CHATEAUBRIAND ET TOCQUEVILLE

L'histoire philosophique fut représentée, pendant les dix premières années du règne de Louis-Philippe, par Chateaubriand et Tocqueville.

Nous avons perdu de vue Chateaubriand depuis la chute de l'Empire. En 1814, il avait dit « adieu aux Muses » pour soutenir de ses pamphlets et de son ardeur combattive le gouvernement des Bourbons. Les journées de Juillet l'obligèrent au repos. Quelques mois après, il publiait ses Études historiques, le seul livre d'histoire, à proprement parler, qu'il ait écrit '.

Il semble bien que, dans ce livre, Chateaubriand ait voulu Cf^ncilier l'école narrative et Vécole philosophique (n'oublions pas que c'est peut-être lui qui a lancé ces deux noms). Son Analyse de l'histoire de France renferme des récits à la manière de Froissart. D'autre part, en admettant qu'il ait eu, eu écrivant ces pages, une idée précise et constante, Cha-

1. Il eût été étonnant que Chateaubriand n'eût pas, comme Guizot, Villemain, Thierry et tous les écrivains de son temps, louché

à la Révolution anglaise. Il en a parh» on effet dans ses Quatre Stuart,où il va de belles phrases, mais où il n'v a que cola.

r.xvi INTRODUCTION.

teaubrïaiid pense refaii-o la Civilisation de Guizot : il part de cet axiome, qu'il y a dans le monde trois vérités, la vérité religieuse, qui est la loi du Christ, la vérilé philosophique, qui est le travail de l'esprit, la vérilé politique, qui est la liherté ; et il suit les luttes et les accords de ces trois vérités «jusqu'au jour où elles produisent la société perfectionnée des temps actuels ». C'est ainsi que Guizot avait procédé pour les trois ordres d'institutions, liberté, aristocratie, despotisme.

Du reste, ce livre de Chateaubriand est plein de réminiscences. A Guizot, outre sa méthode, il emprunte les idées maîtresses de longs développements; à Thierry, rorthogra|)he des noms francs; à son propre Génie du Christianisme, les poéti(pies descriptions des voûtes gothiques. Son érudition est de mauvais aloi; ses prétendus récits historiques paraissent l'ceuvre de collaborateurs inexpérimenté's. I/ouvragc no se tient i)as : à court d'argent, Chateaubriand avait hâte de le livrer au libraire. Mais çà et là son génie intelligent et poétique se révèle par des pages admirablement inspirées, où il a vu la vérité et retrouvé le passé par divination plutôt que par analyse.

Chateaubriand ne devait mourir qu'en 1848. Il vécut ses dernières années entouré d'admirateurs; son salon de l'Abbaye-aux-Bois parut souvent la véritable académie de la France. Volontiers les premiers de ses disciples, déjà euxmêmes près de la tombe, comme Thierry, rappelaient ce qu'ils lui devaient, exagérant peut-être leur reconnaissance * : Chateaubriand est, dans notre littérature, celui qui a trouvé le moins d'ingrats.

Alexis, comte de Tocqueville, semblait désigné pour être, ce qu'il fut vraiment, le maître incontesté, au milieu du xix« siècle, de l'histoire philosoi)hique. Son père, préfet de la Restauration, préparait en ce temps-là une Histoire philosophique du règne de Louis XV (parue en 1846). Dès l'âge de 22 ans (il était né en 1805). il était juge au tribunal de Versailles : en 1851-52, il fut chargé d'une mission pour étudier le régime pénitentiaire aux États-Unis. Observer et juger les hommes, raisonner et entendre raisonner, c'est à cela que se passe la jeunesse de Tocqueville*.

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