Cf. ici, p
Lxvm INTRODUCTION.
que revendique pour elle la science du passé. Ainsi, à sa façon, si conlraire à celle de Michelef, Tocquevillc recherchait et retrouvait ce que celui-ci appelait « l'àme d'un peuple ».
Chateaubriand et Tocqueville ont un trait commun : l'esprit chrétien et le vague désir de réconciher la religion et la liberté, l'Église et la démocratie :
« Le moine et le curé », dit Chateaubriand, « sont les compagnons du j)auvre : pauvres comme lui, ils ont pour compagnons les entrailles de Jésus-Clu'ist ; le prêtre catholique est le successeur des douze houuues du peuple qui prêchèrent Jésus-Christ ressuscité. »
Et Tocqueville ne regarde pas comme une pure chimère l'avènement d'une démocratie chrétienne :
« On rencontre encore parmi nous des chrétiens pleins de zèle dont l'âme religieuse aime à se nourrir des vérités de l'autre vie; ceux-là vont s'animer sans doute en faveur de la liberté humaine, source de toute grandeur morale. Le christianisme, qui a rendu tous les hommes égaux devant Dieu, ne répugnera pas à voir tous les citoyens égaux devant la loi. '
Au moment où Tocqueville, prévoyant l'avènement de la démocratie en France, cherchait à l'attirer vers l'Église, d'autres historiens, ardents prophètes des espérances populaires, menaient au service du principe nouveau leur talent d'écrivains et leur connaissance du passé.