‹ Extraits des historiens français du XIXe siècleChapitre 57 sur 246 · Origines du Droit, p. ccv · texte numérisé non relu

Origines du Droit, p. ccv

3. Ce livre,dit-il,«ost nédusein des Ai'chives. Je l'écrivis six ans

dans le dépôt central, où j'étais ctief de la section liistorique. »

Michelet reproche à Louis Blanc de n'avoir connu que l'imprimé.

OTRODUCTION. lxxi

événements, aux grandes scènes classiques. Michelet s'inquiète lonfruement des causes de la Révolution : il fait autant de place, presque, à Rousseau qu'à Mirabeau, et il a raison; il cherche à saisir les transformations intimes de l'esprit et des croyances populaires, à se rendre compte de la vie du peuple pendant la crise; il marque l'influence de 1789 en Europe, et il en saisit les raisons; il refait l'histoire morale et religieuse de la Révolution, sa psychologie et sa théologie. C'est avec Michelet que commence Vhîsioùe intégrale etVana\}'se critique de la Révolution. On lui reprochera, là plus que dans aucun de ses livres, d'avoir transformé « le fait en idée ». l'homme en symbole. l>e peuple symbolise la France, Danton symbolise le peuple. Nulle part ses procédés ne sont plus sensibles que dans ce livre. Mais comme Michelet parle de principes qu'il aime, de temps qui sont voisins de hii, d'un sol et d'une ville qu'il connaît, comme il a dans son enfance entendu l'écho de cette Révolution, jamais ses images ne sont plus nettes, ses scènes plus vivantes, sa phrase plus passionnée. Ce livre « est un poème épique dont le peuple est le héros ».

Les Révolutions d Italie d'Edgar Quinet parurent à peu près en même temps que la Révolution française de Michelet. A la dilférence de son ami, Quinet raconte peu : la narration est presque entièrement exclue de son livre c le symbolisme le tourmente moins, les institutions le préoccupent plus que les hommes. Mais il y a entre ce livre et les œuvres de Michelet une profonde parenté*.

C'est le peuple italien et c'est « l'âme de l'Italie » que Quinet veut retrouver à tous les âges. Il les recherche, non pas seulement dans les révolutions politiques et sociales, mais aussi dans les révolutions littéraires et religieuses. Comme Michelet, c'est l'Italie entière, sol et monuments, hommes et dieux, que sa pensée veut embrasser. Il y a, dit-il, un lien étroit entre tous ces êtres et toutes ces choses.

Pour faire son livre, Quinet visite l'Italie d'abord : les palais, les églises, les vieilles fresques lui ouvrent les yeux ; « les murailles l'éblouirent » : alors il touche « la vie réelle du moyen âge ». De retour en France, il « entre profondément

1. « Ingénieux écrit », disait I mieux que cette épithète. — Sur Renan de ce livre {Essais de vw- Quinet, voy. Mme Quinet, Edqnr raie, p. 2.07). Je crois qu'il mérite I Quinet avant l'exil, 1888, 2* édit.

INTRODUCTION

dans rétudo des chroniqueurs », il « dévore l'immense recueil » des Anliquilés de Muratori, le dom Bouquet italien. Puis il « met la main à son ouvrage », bien décidé à ne pas avancer un seul principe historique, qu'il ne l'ait vu « sortir avec évidence du témoignage universel ». Voilà la vraie méthode historique, qui ne demande ses preuves qu'au passé, mais qui du passé ne néglige rien.

Aussi fortement outillé, le livre des Révolutions est un livre d'histoire de premier ordre. Le style est celui d'un proplicte : c'est la manière de parler et d'écrire des hommes de 1848. On se disait prophète en ce temps-là comme on se dit socialiste de nos jours*. Mais ne regardez que la manière de

1 . Et on était prophète à tort et à travers, Quinel comme les autres.

— Voici cependant une pnge admirable, t rop peu connue, où, s'insurpeant contre l'engouement pour l'Allemagne, il prévoit et prédit la résurrection intégrale, au détriment de la France, de l'empire germanique. Cetttî fois, la prophétie est la conclusion des longues études historiques faites par Quinet. De l'Allemagne et de la Révolutioîi, 1832 :

« Ainsi, voilà l'unité du monde germanique que tout sert à relever, rois, peuples, religion, liberté, despotisme, et qui menace de fouler la France au premier pas. Cette unité n'est point un accord de passions que le temps mine chaque jour. C'est le développement nécessaire, inévitable, de la civilisation du INord.

Jusqu'ici nous n'avions guère redouté que la Russie et les peuples slaves : nous avions sauté à pieds joints cette race germanique qui commence, elle aussi, à entrer à grands Ilots dans l'histoire contemporaine. Nous n'avions pas compté que tons ces systèmes d'idées, celte intelligence depuis longtemps en ferment, et toute cette philosopliie du Nord qui travaille ces peuples, aspireraient aussi à leur tour à se traduire en

événements dans la vie politique, qu'ils frapperaient sitôt à coups redoublés pour entrer dans les faits et régner chez eux avec l'Etat sur l'Europe actuelle. Nous qui sommes si bien préparés pour savoir quelle puissance est aux idées, nous nous endormions, je ne sais comment, sur ce mouvement d'intelligence et de génie; nous l'admirions naïvement, pensant qu'il ferait exception à tout ce que nous savons, et que jamais il n'aurait, pour son compte, l'ambition de passer des consciences dans les volontés, des volontés dans les actions, et de rechercher pour lui la puissance sociale et la force politique.

Et voilà cependant que ces idées, qui devaient rester si insondables et si incorporelles, font comme toutes les idées qui ont jusqu'à présent apparu dans le monde, et qu'elles se soulèvent en face de nous avec toute la destinée d'une race d'hommes; et cette race elle-même se range sous la dictature d'im peuple, non pas plus éclairé qu'elle, mais plus avide, plus ardent, plus exigeant, plus dressé aux affaires. Elle le charge de son ambition, de ses rancunes, de ses rapines, de ses ruses, de sa diplomatie, de sa violence, de sa gloire, de sa force

INTRODUCTION. lxxiii

grouper les faits, do conclure du document à l'idée, de rechercher les causes et les conséquences, vous verrez que ce livre est une histoire critique de la société italienne, aussi précise et aussi sérieuse à certains moments que la Démocratie en Amérique et que /a Cité Antique.

Quinet recherche quel est « le principe de gouvernement » des républiques italiennes, la terreur, comment « les arts se sont rattachés » à la constitution; il montre « le caractère social » des révolutions d'apparence politique, et pourquoi ces révolutions ont « jeté les Italiens dans le cosmopolitisme » ; il essaie d'expliquer les grands hommes par leur éducation et leur milieu, quel rapport étroit, par exemple, existe entre la politique de Machiavel et la peinture de Raphaël, et comment « les œuvres de Michel-Ange portent l'empreinte de la vie publique » : il « montre au fond de leur cœur le travail continu d'une nation qui se cherche ». Quijiet annonce Fustel et Tocqueville par la manière dont il étudie les révolutions, et Taiue par celle dont il groupe les différents traits de la physionomie d'une époque.

Ce livre, par endroits si puissant, mais aujourd'hui trop peu lu, marque une nouvelle étape dans la science historique : le progrès que Michelet avait fait faire à l'histoire racontée, à l'école narrative, Quiuet et Tocqueville l'ont fait faire à l'histoire analysée, à l'école philosophique. C'est l'intégrité de la vie d'une nation qu'ils ressuscitent : celui-là par le récit, ceux-ci par l'analyse.

Ce progrès était au reste la conséquence du point de départ de cette école démocratique : faire revivre la nation. D'autres avant eux avaient songé surtout aux classes dirigeantes; d'autres, plus anciennement, surtout aux dynasties régnantes. Les nouveaux venus cherchent le peuple même : mais pour le trouver, il faut se détacher des grands événements qui frappent l'imagination ; il faut pénétrer les idées, les

nu dehors, se rôservant à elle riionnète et obscure discipline des libertés intérieures; or, ce peuple, vous le connaissez. Depuis 1.1 fin du moyen âfre, la force et l'initiative des Etats f^ermaniquos passent diiniidi au nord avec tout le mouvement de la civilisation.

C'est donc la Prusse que l'Allemagne est occupée à cette heure à faire son aficnt au lieu de l'Empire d'Autriche? Oui; et si on la laisse faire, elle la pousse lentement, et par derrière, au meurtre du vieux royaume des Francs. »

Lxxiv INTRODUCTION.

croyances, les faits, la vie économique, la vie matérielle : il faut tout voir et tout lire.

10° L\ DÉMOCP.ATIR r.IlEZ LES HISTORIENS '. I.OIIIS BLANC ET LAMARTINE

Malgré leurs aspirations démocratiques, Quinet et Michelet demeurèrent lidèles à leurs devoirs d'historiens. Trop souvent, au contraire, Louis Blanc et Lamartine, qui s'essayaient alors à l'histoire, demeuraient les esclaves celui-là de sa philosophie socialiste, celui-ci de son lyrisme politique.

lllistoire de la Révolnlion, de Louis Blanc (1847-1862), est un panégyrique politique. « Trois pi-incipes », dit-il, « se partagent l'histoire : l'autorité, l'individualisme, la fraternité ». La Révolution n'est qu'un, chapitre de la lutte de ces trois principes, lutte que l'auteur fait commencer en 1414 à Constance et avec Jean lluss. L'autoi-ité a été vaincue en 1789, mais est-ce au profit de la liberté? erreur et mensonge, dit Louis Blanc, « c'était l'individualisme qui arrivait », c'est-àdire la bourgeoisie, avec ses philosophes, ses avocats, ses industriels. Il faut, pour compléter cette première révolution, une seconde, qui amène la fraternité. La Montagne a essayé de la faire, mais « tumultueusement », et un seul homme l'a bien comprise, Robespierre. C'est cette révolution que Louis Blanc « appelle », au nom « de l'harmonie et de la liberté ».

Il fallait donc que tous les partis, tour à tour, demandassent à l'histoire de confirmer leurs théories et de justifier leurs révolutions. Pour Thierry 1850, et pour Louis Blanc 1848, ont été le couronnement logique de l'histoire de France. Aussi celui-là cesse de la comprendre à la révolution de Février, celui-ci ne commence qu'alors à la comprendre.

^Histoire de Louis Blanc vaut cependant mieux que son apparence et que sa réputation :

« Louis Blanc », m'écrit à ce propos le plus compétent des juges, iL Aulard, « est dépassé siu* bien des points, mais pas plus et peut-être moins que les autres historiens de la Révolution. Quand il se trompe, ce n'est point par vice de méthode, mais parce que, de son temps et surtout à Londres (où il a composé la plus grande partie de son livre), on n'avait pas les documents que nous avons.

INTRODTinTlON. lxxv

Sa méthode est vraiment scientifique, en ce qu'il n'allègue pas un fait sans s'appuyer sur un texte cité en note. 11 est le premier qui ait ainsi traité l'histoire de la Révolution, et j'ajoute avec un désir d'impartialité fort méritoire. Désir n'est pas assez dire : il a été, je crois, plus impartial que nui autre. Voyez comme il a peur de trop ahonder dans son propre sens, d'être injuste pour les adversaires de ses idées. Certains de ces appendices où il discute sa propre méthode et ses résultats sont des chefs-d'œuvre de critique historique. Sans doute, on peut lui reprocher d'avoir admis certaines sources douteuses ou médiocres, et je crois que nous avons progressé depuis lui, à cet égard et à d'autres. Mais c'est encore l'ouvrage d'ensemhle le plus propre à faire connaitre la Révolution. J'ajoute que certaines parties de son livre, notamment sur la Vendée, sont presque déliniiives, et étaient fort nouvelles à l'époque. »

L'Histoire des Ciirondins, de Lamartine (1847), est un admirable récit, tour à tour tendre et passionné, plein de scènes émouvantes, d'audacieux portraits, la plus belle œuvre de prose qu'un poète ait écrite. Mais, si apparent qu'ait été le désir de Lamartine de recourir aux originaux, il ignore en tout la science de la critique. — Le dernier repas des Girondins est peut-être le plus beau passage du livre. C'est une page que l'on ne lira jamais froidement :

« Le souper funéraire était dressé dans le grand cachot. Les mets recherchés, les vins rares, les fleurs chères, les flambeaux nombreux, couvraient la table de chêne des prisons. Luxe de l'adieu suprême, prodigalité des mourants qui n'ont rien à épargner pour le jour suivant. Les condamnés s'assirent à ce dernier banquet, d'abord pour restaurer en silence leurs forces épuisées, puis ils y restèrent pour attendre avec patience et avec distraction le jour

« L'entretien prit vers le matin un tour plus sérieux et un accent plus solennel. Brissot parla en prophète des malheurs de la République, décapitée de ses plus vertueux et de ses plus éloquents citoyens. « Que « de sang ne faudra-t-il pas pour laver le nôtre! » s'écria-t-il en finissant. Ils se turent tous un moment, et parurent consternés devant le fantôme de l'avenir évoqué par Brissot. « Mes amis », reprit Vergniaud, « en greffant l'arbre nous l'avons tué; il était trop vieux, « Robespierre le coupe. Sera-t-il plus heureux que nous? Non. Ce sol « est trop léger pour noiuTir les racines de la liberté civique, ce « peuple est trop enfant pour manier ses lois sans se blesser; il « reviendra à ses rois, comme l'enfant revient à ses hochets!... Nous « nous sommes trompés de temps en naissant et en mourant pour « la liberté du monde », poursuivit-il, « nous nous sommes crus à ,,« Rome, et nous étions à Paris! Mais les révolutions sont comme ces

Lxxvi INTRODUCTION.

« crises qui blanchissent en une nuit la tête d'un homme : elles « mûrissent vite les peuples. Le sang de nos veines est assez chaud « pour féconder le sol de la République. N'emportons pas avec nous « l'avenir, et laissons l'espérance au peuple en échange de la mort « qu'il va nous donner ! »

« Il y eut un long silence après ces paroles de Vergniaud, et l'entretien s'élança de la terre au ciel avec les pensées »

Rien de tout cela n'est vrai ; nul n'a entendu les dernières paroles des Girondins, et de leur dernier repas nous ne savons rien. Lamartine s'est laissé tromper*, sans doute d'assez bonne grâce. Ce beau récit fait pendant à la mort de Sociale : c'est le même charme triste et solennel, c'est la môme absence de toute valeur liislori(pie*.

11" SCIENCES AUXILIAIRES DE L HISTOIRE. ORIENTALISME ET ANTIQUITÉ. DURUY

L'histoire purement scientifique, dégagée de tout souci littéraire ou de toute préoccupation politique, l'érudition objective et désintéressée, eut, sous le règne de Louis-Philippe, un éclat presque supérieur à celui dont elle avait brillé en France

1. Avant lui, Ch. Nodier et bien d'autres. Voyez, en dernier lieu, Biré, la Légenrle des Girondins, p. 416 et suiv. « En résumé, il est possible que les Girondins, au sortir du tribunal révolutionnaire, aient pris ensemble quelques aliments, mais il est certain que ce dernier repas, si on veut lui donner ce nom, n'a rien eu de remarquable, car, alors, comment s'expliquer que Hiouft'e n'en ait pas parlé? Ce que M. Tliiers a dit de la physionomie de ce repas et en particulier des discoiu's de Vergniaud, ce qu'ont écrit à leur tour sur ce souper funéraire Charles Nodier et M. de Lamartine, tout cela est donc du domaine de l'imagination et du roman. »

2, Parmi les ouvrages d'histoire contemporaine publiés de ce

temps il faut citer l'honnête Histoire des Deux Restaurations^ de Vaulabelle (1844 et s.), et l'Histoire de dix ans (1830-1840), de Louis Blanc, « écrite en pleine lutte (1841), mais très remarquable au point de vue de l'effort d'impartialité », m'écrit M. Aulard.

— On pourrait, en face des écrivains démocratiques, étudier encore tout un groupe d'historiens à tendances ultramonlaines et « providentielles », Gabourd, Ozanam, Falloux, Bohrhaober, l'auteui- de l'Histoire universelle de l'Eglise catholique, le plus caractérisé sinon le plus intéressant de ce groupe. Voyez pour cette littérature Nettement, Histoire de la Littérature française sous le (jouverHement de Juillet, t. Il, 1854, livre XI.

INTRODUCTION l^^vii

au temps des Bénédictins. La fondation des écoles, des revues et des sociétés scientitiques eut des résultyls immédiats. Puis, l'Allemagne était alors ardente à la gloire scientifique : on commençait à le savoir et à la jalouser; la France essaya de reprendre le premier rang, que quarante années de luttes politiques lui avaient fait perdre.

L'orientalisme n'a plus sans doute ces grands coups de surprise qui étonnèrent la génération précédente ; mais les découvertes faites sont exploitées avec une admirable persévérance, et des gains imprévus sont faits par la science. Eugène Burnouf est là le maître reconnu : en 183i, il public son Commentaire sur le Yaçna, qui est peut-être, dans l'histoire des études sur la langue et la religion des anciens Perses, la plus grande date de ce siècle; en 1844, son Introduction à l'Histoire du Bouddhisme indien. Il commence l'interprétation des inscriptions cunéiformes (1856). Champollion est mort (1852) trop tôt pour tirer parti de sa découverte. Jlais l'égyptologie, qu'il a fondée, demeure une science éminemment française, grâce (depuis 1846) à Emmamiei de Rougé, a le second chef de l'école 1 ». Dans l'élude des langues orientales, Reinaud, Garcin delassy, Chézy coni muent les leçons et la méthode de Sacy. Une autre science où la France demeure alors maîtresse incontestée est la numismatique. C'est vers 1855 qu'elle commence, chez nous, à se dégager de ces catalogues où s'attardaient volontiers les numismates. Le Polonais Lelewel, que la France eut le tort de ne savoir pas adopter, établit des règles fort ingénieuses dans sa Numismatique du moyen âge (1835). Charles" Lenormant, par son Trésor de numismatique et de glyptique (1834-50), et surtout Saulcy, la Saussaye, Charles Robert, par leurs mémoires d'une sagacité rare, fondent ou plutôt rétablissent en France la numismatique scientifique, un peu oubliée depuis la lin du xvin« siècle.

La paléographie et la diplomatique reprennent, assez lentement, les traditions laissées en France par Mabillon. Natalis de NVailly édite ses Éléments de paléographie (1858). Mais c'est surtout l'archéologie du moyen âge que Ton sent alors vivante et active. L'impulsion donnée par Lenoir et Chateau-

1. Maspero, à la fin de son His- i de ce dernier son article VEgyptoire ancienne de l'Orient. Voyez 1 tologie auCollège de France, iS%.

Lxxvm INTRODUCTION

briand ne se fera jamais plus fortement sentir, continuée qu'elle est par Vitet et Mérimée. Notons que Victor Hugo vient de faire paraître (1831) Notte-Datne de Paris^. Caumont et Quicherat enseignent; celui-là publie à Caen son Cours d antiquités monumentales'^. Didron, dans ses Annales archéologiques (I84i et s.), révèle périodiquement les merveilles d'art de la France chrétienne ; les Pères Cahier et Martin l'aident vigoureusement; Du Sommerard imprime ses Arts au vwyen âge (1838-1846). Enfin Yiollet-le-Duc prépare son grand Dictionnaire qui commencera à paraître dès 4854.

Sur deux points seulement, l'œuvre laissée interrompue, à la lin du xviii* siècle, par les savants français n'était point encore reprise, au gi-and avantage de la suprématie allemande : les anti(piités grecque et romaine. La réaction nationale, qui les écartait peu à peu depuis 1802, leur nuisait toujours. Giiigniaut, le traducteur célèbre de la Symbolique de Creuzer, Dureau de la Malle, Letronne, Naudet, les jurisconsultes Laboulaye et Laferrière, l'helléniste Brunest de Presle, en étaient les principaux représentants. Mérimée s'essayait aux Études d'Histoire romaine (1841). Un nouveau venu, M. Wallon, donnait un bon livre sur l'Esclavage dans l'antiquité (1847). Mais la fondation de l'École d'Athènes va préparer, pour quelques années plus tard, un regain inespéré aux études helléniques.

En 1789, le Français Séguier annonçait un recueil général des inscriptions grecques et latines du monde entier. Villemain ne réussit pas à faire reprendre cette œuvre. L'exploration archéologique de l'Afrique romaine, que l'Etat fit commencer en 1833, traîna pendant longtemps. Et en ce même moment Bœckh poursuivait le Corpus des inscriptions grecques ; l'Académie des Sciences de Berlin songeait à celui des inscriptions latines ; l'Institut de Correspondance archéologique, fondé à Rome par des savants de tous les pays, se laissait diriger par les plus actifs, c'est-à-dire par les Allemands 3; et l'Italien Borghesi était regardé par le monde entier comme le maître incontesté de l'archéologie latine.

Toutefois, la « tradition romaine » de la France était reprise

Page 1