Cf. Thierry, lettre IY
INTRODUCTION. v
les origines du Tiers État, du privilège et de la liberté, qui avaient passionné les contemporains de Turgot et de Sieyès. Ceux qui s'intéressaient encore à l'histoire de nos institutions maintenaient pieusement les doctrines de Mably. Les Observations sur l'Histoire de France (1705)*, du célèbre défenseur du Tiers, étaient parole sacrée pour les derniers disciples de la Constituante. — Le long despotisme des empereurs, avait dit Mably, accoutuma les Gaulois à ne pas même désirer d'être libres : les Francs leur rendirent l'esprit de l'indépendance; Charlemagne apprit au peuple à connaître ses droits, en fondant l'assemblée de la nation. La liberté est née dans les forêts de la Germanie : le rétablissement des États Généraux doit être le retour à cette liberté et à la vertu. — Lire Mably, en 1800, c'était une dernière communioji de la foi révolutionnaire ; et lorsqu'en 1815, Napoléon voulut se réconcilier avec le peuple et la liberté, il emprunta au livre de Mably l'assemblée extraordinaire du Champ de Mai *.
Mais l'histoire de France avait alors infiniment moins d'attraits que celle de Rome ou de la Grèce. L'antiquité régnait en souveraine sur les esprits. A quoi bon étudier les destinées militaires et politiques de l'ancienne monarchie? Une France nouvelle était née, et c'était Rome qui revivait en elle.
Millin, qui dirigeait alors la grande revue française des sciences ctdes arts, leMagasin encyclopédique {1195-lMQ)^ , était une sorte de chef officiel de la science du passé. Certes il ne négligeait pas de parti pris les antiquités nationales ; il avait fait beaucoup pour les sauver, et plus encore pour les faire connaître*. Mais il semblait alors voué aux monuments romains, aux peintures antiques et aux vases étrusques ; contemporain de Canova, il collaborait à sa manière à l'œuvre du sculpteur. 1/Italien Piranesi, fixé à Paris depuis 1798, y préparait cette admirable publication des Antiquités romaines, le plus beau recueil de gravures qu'on ait jamais consacré aux vues de l'ancienne Rome^.
1. I" partie, 1763; 11% 1788, Cf. Villemain, Cours de littérature (luXVIII'siècle, t. II, leçons I et II; Thierry, Considérations {Récits, t. I), p." Si et suiv.