Cf. ici, p. 3t
vr INTRODUCTION.
La Révolution avait fondé, à Paris, dans le cloître des Petits- Augnstins, un musée des Monuments français; Alexandre Lenoir, qui le dirigeait*, s'appliquait sans relâche à sauver de la destruction les débris des sanctuaires gothiques et des palais de la Renaissance. Mais sa vie était une vraie bataille; il était seul contre beaucoup, et il lui fallait parfois la risquer pour conserver des chefs-d'œuvre. Ses efforts étaient inconnus ou méconnus. Le musée du Louvre attirait seul la foule, et tel était le goût dominant que, de 179*2 à 1800, les directeurs du grand musée écartèrent tous les chefs-d'œuvre de notre école et tous les monuments de notre pays.
De rares écrivains, reprenanlla tradition de Montesquieu ou de Mably, s'essayaient aux considérations historiques ; mais ils se laissaient obséder par la vision de l'antiquité. René de Chateaubriand, tout jeune encore (né en 1768), alors émigré à Londres, venait de publier un Essai sur les Révolutions (1797)*. C'est une longue comparaison, parfois éloquente, souvent inexacte, incohérente et bizarre, entre la France, Rome et la Grèce : « L'homme », disait-il, « circule dans un cercle dont il tâche en vain de sortir », et la destinée est venue enserrer la France dans le cercle qui avait enveloppé Athènes et Rome'. — Thouret, l'ancien constituant, avait écrit avant sa mort (1794) un Abrégé des révolutions de Vancien gouvernetnent fratiçais; on le publiait en 1800. Thouret s'inspirait sans doute de Mably, mais il remettait en honneur les hvres et les théories de Dubos sur l'administration romaine* ; François de Neufchâteau, en annonçant l'œuvre posthume du législateur révolutionnaire, insistait sur cette partie du travail : « Après avoir parcouru un long cercle d'aberrations pohtiques », disait-il, « nous scmblons revenir à beaucoup de parties du plan adopté par les Romains^ ». Ainsi cette voix révolutionnaire, sortie
1. Voyez Coiirajod, Alexandre Lenoir, t. I, 1878; cf. ici, p. 97.
Courajod, V Influence du Musée des monuments français sur le développement de Vart et des études historiques, dans la Revue historique, 1888, t. L
2. Sainte-Beuve, Chateaubriand et son Groupe littéraire (1860, 2 vol.), I, p. 1-il et suiv.
3. La comparaison entre les Français et les Athéniens, que nous'donnons plus loin (p. 11), a été transportée par Chateaubriand de VEssai dans le Génie du Christianisme. Cf. Sainte-Beuve, I, p. 151.