INFLUENCE DES EVENEMENTS DE
Comme les révolutions de 1830 et de 1848, les événements de 1870 eurent leur contre-coup sur la littérature historique, sur la vie et les œuvres de nos écrivains. Il n'est aucun d'eux qui n'ait eu à souffrir ou à sinquiéter de nos désastres et du changement de régime. On peut presque dire que Michelot mourut, en 1874, des douleurs qu'il avait endurées pour la France. Les luttes politiques enlevèrent Tliicrs à la science jusqu'à son dernier jour, arrivé en 1877. Quinet revint de l'exil pour mourir en France (1875). Guizot vécut dans une retraite souvent attri'ïiée, enseignant VHistoire de France à SCS petits-enfants : h mourut en 1874, la même année que Michelet. Louis Blanc et Henri Martin disparurent presque en même temps, celui-là en 1882, celui-ci en 1885. Le dernier représentant de ces générations d'historiens fut Mignet, qui prolongea jusqu'en 1884 le cours paisible de sa vie. Mort à près de 90 ans, il a été peut-être le doyen d'âge de nos historiens.
La génération qui avait suivi fut plus secouée par les événements qu'elle n'en voulut toujours convenir. Elle se mit à étudier de plus près les origines et l'histoire de cette Allemagne qui venait de transformer l'Europe politique. Duruy sembla vouloir donner à la France une revanche scientifique, en reprenant courageusement, dès le lendemain de la guerre, son Histoire Romaine (t. 111, 1871), qu'il eut la gloire d'achever quinze ans plus tard. Renan se laissa même inquiéter dans sa vie : par deux fois, en 1809 et 1872, il eut des ambitions électorales qui, grâce à son démon protecteur, ne réussirent cas. Il est vrai qu'il ne fut point troublé dans son œuvre, car il continua avec sérénité \ Histoire des Origines du christia- ^. nisme, et, quand elle fut terminée, en 1881, il commença son
cxiv INTRODUCTION.
Histoire du peuple d'Israël qui en est la préface et le prélude. Taine et Fustel de Coulangcs se mêlèrent moins en apparence à la lutte des partis : elle eut cependant une sérieuse influence sur leurs destinées scientifiques. Il est probable que Fustel de Conlauf^es a songé dès 1866 à écrire VHùtoire des InstitiUiom de l'ancienne Fî-atice; mais ce n'est qu'en 1871 qu'il se mit délibérément à l'œuvre, et il ne paraît point douteux que sil voulut rechercher le caractère et les vicissitudes de nos anciennes institutions, c'était pour indiquer plus sûrement celles qui convenaient à la France régénérée. Taine, en reprenant à 1789 l'histoire des institutions françaises, se proposa le même objet actuel que Fustel de Coulanges : il le dit, fort clairement, dans la préface de son premier volume :
On a construit de notre temps, dit-il, « une constitution comme une maison, d'après le plan le plus beau, le plus neuf ou le plus simple, et il y en avait plusieurs à l'étude : hôtel de marquis, maison de bourgeois, logement d'ouvriers, caserne de militaires, phalanstère de communistes et même campement de sauvages ».... Mais il faut, pour faire une constitution, « acquérir l'idée ^ lacte et complète d'un grand peuple qui a vécu âge de peuple et qui vit encore. Mais c'est le seul moyen de ne pas constituer à faux après avoir raisonné à vide, et je me promis que, pour moi du moins, si j'entreprenais un jour de chercher une opinion politique, ce ne serait qu'après avoir étudié la France ».
De tous les problèmes contemporains, celui qui a le plus préoccupé ces trois historiens, c'est à coup sûr la fondation de la république démocratique. Il est à remarquer que les uns et les autres ont constaté le fait plutôt avec regret. Tandis que les historiens ont formé l'avant-garde, en 1820, du parti libéral, en 1840, du parti démocratique, on dirait maintenant qu'ils voient avec inquiétude le triomphe de la démocratie pure, qu'ils inclinent volontiers vers une réaction aristocratique.
Fustel de Coulanges esquissait le plan d'une constitution nouvelle et réclamait, pour l'aristocratie, une place esseuliolle dans la France républicaine. Sans une aristocratie, répétait-il, la liberté ne peut durer, et dans lïn des travaux les plus vivants qu'il ait écrits*, il montrait le rôle pondérateur que les aristocraties ont joué dans l'histoire de tous les pays. Taine, dans