‹ Extraits des historiens français du XIXe siècleChapitre 88 sur 246 · LE GEME DL CHRISTIANISME · texte numérisé non relu

LE GEME DL CHRISTIANISME

chantait aux pompes funèbres des Athéniens vers le temps de Périclès.

Dans l'office de la semaine sainte on remarque la Passion de saint Matthieu. Le récitatif de l'historien, les cris do la populace juive, la noblesse des réponses de Jésus, forment un drame pathétique*.

Pergolèse^ a déployé dans le Stabat Mater la richesse de son art; mais a-t-il surpassé le simple chant de l'Église? Il a varié la musique sur chaque strophe; et pourtant le caractère essentiel de la tristesse consiste dans la répétition du même sentiment, et, pour ainsi dire, dans la monotonie de la douleur. Diverses raisons peuvent faire couler les larmes; mais les larmes ont toujours une semblable amertume : d'ailleurs il est rare qu'on pleure à la fois pour une foule de maux; et quand les blessures sont multipliées, il y en a toujours une plus cuisante que les autres, qui finit par absorber les moindres peines. Telle est la raison du charme de nos vieilles romances françaises. Ce chant pareil, qui revient à chaque couplet sur des paroles variées, imite parfaitement la nature : l'homme (jui souffre promène ainsi ses pensées sur diflerentes images, tandis que le fond de ses chagrins reste le même.

Pergolèse a donc méconnu cette vérité qui tient à la théorie des passions, lorsqu'il a voulu que pas un soupir de l'âme ne ressemblât au soupir qui l'avait précédé. Partout où il y a variété, il y a distraction ; et partout où

1. C'est, en eiret, un véritable drame liturgique qui se déroule sans interruption depuis la nuit de la cinquième lerie (jeudi saint : son dos cloches, appel des apôtres) jusqu'au samedi saint (retour des cloches, Gloria in excelsis. réconciliation du ciel avec la terre).

2. Pergolèse, 170i-1737. Mais la véritable révolution musicale date de Palestrina (1529-1594) : il a été, dit le louf(ueux admirateur du plainchant, Clément, « le grand destructeur de la piété chez les fidèles. La musique cessa souvent d'être belle pour être riche. La mélodie disparut sous le luxe des combinaisons Harmoniques. »

il y a distraction, il n'y a plus de tristesse : tant Tunitr est nécessaire au sentiment ! tant l'homme est faible dans cette partie même où gît toute sa force, nous voulons dire dans la donlenr!

La leçon des Lamentations de Jérémie porte un caractère particulier : elle peut avoir été retouchée par les modernes, mais le fond nous en paraît hébraïque; car il ne ressemble point aux airs grecs du plain-chant. Le Pentateuque se chantait à Jérusalem, comme des bucoliques, sur un mode plein et doux; les prophéties se disaient d'un ton rude et pathétique; et les psaumes avaient un mode extatique qui leur élait particulièrement consacré. Ici nous retombons dans ces grands souvenirs que le culte catholique rappelle de toutes parts. Moïse et Homère, le Liban et le Cythéron, Solyme* et Rome, Babylone et Athènes, ont laissé leurs dépouilles à nos autels.

Enfin c'est l'enthousiasme même qui inspira le Te Deum. Lorsque, arrêtée sur les plaines de Lens ou de Fontenoy, au milieu des foudres et du sang fumant encore, aux fanfares des clairons et des trompettes^ une armée française, sillonnée des feux de la guerre, fléchissait le genou et entonnait l'hymne au Dieu des batailles; ou bien, lorsqu'au milieu des lampes, des masses d'or, des flambeaux, des parfums, aux soupirs de l'orgue, au balancement des cloches, au frémissement des serpents et des basses, cette hymne faisait résonner les vitraux, les souterrains et les dômes d'une basihque, alors il n'y avait point d'homme qui ne se sentît transporté, point d'homme qui n'éprouvât quelque mouvement de ce délire que faisait éclater Pindare aux bois d'Olympie, ou David au torrent de Cédron.

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