‹ Extraits des moralistesChapitre 112 sur 299 · C'est une des thèses de Schopenhauer · texte numérisé non relu

C'est une des thèses de Schopenhauer

plus inconsolables douleurs? En réalité le travail, quand il a vaincu les premiers ennuis et les premiers dégoûts, est par lui-même, et sans en estimer les résultats, un plaisir et des plus vifs. C'est en méconnaître le charme et les douceurs, c'est calomnier étrangement ce maître de la vie humaine qui n'est dur qu'en apparence, que de le traiter comme le traitent les pessimistes, en ennemi. Voir sous sa main ou dans sa pensée croître son œuvre, s'identifier avec elle, comme disait Aristote*, que ce soit la moisson du laboureur ou la maison de l'architecte, ou la statue du sculpteur, ou un poème, ou un livre, qu'importe? Créer en dehors de soi une œuvre que l'on dirige, dans laquelle on a mis son effort avec son empreinte et qui le représente d'une manière sensible, cette joie ne rachète-t-elle pas toutes les peines qu'elle a coûtées, les sueurs versées sur le sillon, les angoisses de l'artiste soucieux de la perfection, les découragements du poète, les hésitations parfois si pénibles du penseur? Le travail a été le plus fort, l'œuvre a vécu, elle vit, elle a tout racheté d'un seul coup, et de même que l'effort contre l'obstacle extérieur a été la première joie de la vie qui s'éveille, qui se sent elle-même en réagissant contre ses hmites, ainsi le travail, qui est l'effort concentré et dirigé, parvenu à la pleine possession de luimôme, est le plus intense de nos plaisirs, parce qu'il développe en nous le sentiment de notre personnalité en lutte avec l'obstacle, et qu'il consacre notre triomphe au moins partiel et momentané sur la nature. Voilà l'effort, voilà le travail dans sa réalité.

Caro.

Le Pessimisme, ch. rv.

(Ilacheltc et C", éditeurs.)

1. 'EvepYEÎ? ô TzaiTid ai.<; tô è'pYOV è'axi tzw;. {Ethic, ix, 7.)

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