‹ Extraits des moralistesChapitre 113 sur 299 · Le prix du temps · texte numérisé non relu

Le prix du temps

Siiis-je moins coupable, quand je laisse vainement couler un temps que je dois à Dieu, et que je me dois à moi-même; et puis-je me tenir en assurance, parce que dans tout le reste ma vie paraît assez unie, et qu'il ne m'échappe aucune faute grossière? Sans autre mal, la seule perte du temps n'est-elle pas un grand mal * ?

D'autant plus grand, que le temps une fois perdu ne revient plus. Où sont pour moi tant d'années déjà passées ? Chaque jour, chaque heure, chaque moment pouvait avoir son mérite, et me rapporter au centuple; mais que m'en reste-t-il, et quel fonds ai-je ramassé? Où seront à la mort les années que Dieu voudra bien dans la suite m'accorder? Si ce sont des années aussi stériles que les autres, qu'aurai-je dans les mains, et qu'emporterai-je avec moi ? Je les regretterai ; mais tous mes regrets les rappelleront-ils? Je comprendrai toute la grandeur, et du gain que je pouvais faire, et de la perte que j'aurai faite; j'en gémirai : mais, malgré mes gémissements, il en faudra toujours revenir à ce point essentiel et à celle triste réflexion, que ces années auront été, et qu'elles ne seront plus; que ce gain était en mon pouvoir, et qu'il n'y sera plus; que j'aurais pu me garantir de cette perte, et que je ne le pourrai plus. Oh ! que ne suis-je assez heureux pour bien concevoir dès

1. Cf. : « Un criminel condamné à mort, et à qui on ne laisserait qu'un jour pour obtenir sa grâce, y trouverait-il encore des heures et des moments à perdre? Se plaindrait-il de la longueur et de la durée du temps que la bonté du juge lui aurait accordé? En serait-il embarrassé? Chercherait-il des amusements frivoles pour l'aider à passer ces moments précieux qu'on lui laisse pour mériter son pardon et sa délivrance' Ne mettrait-il pas à profit un intervalle si décisif pour sa destinée':.. » Massillo», Carême, iv.

aujourd'hui combien, dans un sujet aussi important que celui-là, ces deux paroles sont alVrcuscs et désolantes : je pouvais et je ne puis plus ! j*aurai recours à Dieu; je lui protesterai mille fois que s'il lui plaisait encore de me donner quelque temps, j'en voudrais ménager jusqu'à la moindre partie. Belles résolutions ! Mais Dieu les écoutera-t-il ? Ah ! qu'il vaudrait bien mieux les prendre dès maintenant, lorsqu'elles me peuvent être salutaires, et que j'ai le temps de les mettre en pratique !

BOURDALOUE

Retraite spirituelle.

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