‹ Extraits des moralistesChapitre 115 sur 299 · Hâtez-vous lentement · texte numérisé non relu

Hâtez-vous lentement

Ouand noslre Seigneur reprend sainte Marthe, il dit : Marthe, Marthe, lu es en soucij et in te troubles pour beaucoup de choses. Voyez-vous si elle eust esté simplement soigneuse, elle ne se fust point troublée; mais parce qu'elle estoit en soucy et inquiétude, elle s'empresse et se trouble, et c'est en quoy nostre Seigneur la reprend. Les neuves qui vont doucement coulant en la plaine portent les grands batteaux et riches marchandises, et les pluyes qui tombent doucement en la campagne la fécondent d'herbes et de graines; mais les torrents et rivières qui à grands Ilots courent sur la terre, ruinent leurs voisinages et sont inutiles au trafic, comme les pluyes véhémentes et tempestueuses ravagent les champs et les prairies. Jamais besogne faicte avec impétuosité et empressement ne fut bien faicte : Il faut depescher tout bellement (comme dit l'ancien proverbe). Celuy qui se haste, dit Salomon, court fortune de chopper et heurter des pieds; nous faisons tousjours assez tost quand nous faisons bien ; les bourdons font bien plus de bruit et sont bien plus empressez que les abeilles, mais ils ne font sinon la cire, et non point de miel :

moments de la vie.... Mme de Staël disait qu'une journée divisée n'est jamais longue, et Mme Roland trouvait dans le goût de la règle la force de passer ses derniers jours de prison dans la sérénité. Le retour régulier des mêmes travaux, des mêmes soins a quelque chose de l'agrément des vers et de la rime. L'âme, toujours agitée à proportion des facultés qui l'animent, a peut-être besoin de ce rythme qui berce doucement les inquiétudes de la vie. Nous avons besoin à la fois de variété et de régularité. Le courant du ruisseau court plus vite dans des rives plus resseri-ées, et dans ce cadre uniforme de chaque jour, un écho des impressions d'hier se retrouve aux mômes heures pour s'unir agréablement aux impressions et aux pensées du lendemain.... Les vies décousues n'ont point ce genre de plaisir. »

ainsi ceux qui s'empressent d'un soucy cuisant et d'une solicitude bruyante, ne font jamais ny beaucoup ny bien. Les mouches ne nous inquiètent pas par leur effort, mais par la multitude; ainsi les grandes affaires ne nous troublent pas tant comme les menues quand elles sont en grand nombre. Recevez doncques les affaires qui vous arriveront en paix, et taschez de les faire par ordre l'une après l'autre. Car si vous les voulez faire tout à coup, ou en desordre, vous ferez des efforts qui vous fouleront et allanguiront votre esprit, et pour l'ordinaire vous demeurerez accablée sous la presse et sans effet.

Saint François de Sales.

Introdiiciion à la vie dérole, III, 10.

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