Le sacrifice
Est-ce que la méthode morale peut être autre que le sacrilice et la croix? Est-ce que l'amour n'est pas toute la morale et toute la loi? Est-ce qu'il y a d'autre obstacle à l'amour, naturel ou surnaturel, ou de Dieu ou des hommes, que l'égoïsme non sacrifié? Est-ce que toute impression, toute sensation, tout désir, toute émotion de la vie, tout battement de cœur n'est pas double et ne dit pas ou ne doit pas dire : Dieu et moi : lui et moi. Mais que dit l'injustice et le mal? Moi, moi d'abord ; lui, lui Dieu ou prochain, lui après moi. Et que dit la justice et l'amour? Lui avant moi. Là est toute la racine et tout le nœud de la morale. Chaque volonté répète habituellement l'une de ces deux fondamentales propo- .Mlions. Que faut-il donc? Sacrifier ce moi qui s'élève, qui se place d'abord avant tout, qui est excessif, monstrueux, qui se croit plus grand que le monde, qui se préfère à toute l'humanité, qui se préfère à Dieu. llà!ez-vous, ne laissez pas grandir en vous l'épouvantable monstruosité.... Anéantissez, en chaque émotion de la vie, dans chaque battement du cœur donné de Dieu pour retourner à Dieu et à l'amour, anéantissez radicalement l'obstacle satanique, la limite coupable, qui prétend détourner et arrêter la vie en vous sans la laisser jailiir en Dieu. Soyez libres, dégagez-vous. Prenez par (0. reliant bernent l'étendue et la dilatation d'un (M ui' qui veut et aime comme Dieu et avec Dieu.
Gratry,
Logique, II, 2»