‹ Extraits des moralistesChapitre 196 sur 299 · La calomnie · texte numérisé non relu

La calomnie

La calomnie, monsieur ! Vous ne savez guère ce que vous dédaignez; j'ai vu les plus honnêtes gens i)rès d'en

1. C'est bien ce mot qui est imprimé dans le texte de QuineL. Huoique, à la vérité, on en attende un autre.

être accablés. Croyez qu'il n'y a pas de plate méchanceté, pas d'horreurs, pas de conte absurde, qu'on ne fasse adopter aux oisifs d'une grande ville en s'y prenant bien : et nous avons ici des gens d'une adresse !... D'abord un bruit léger, rasant le sol comme hirondelle avant l'orage, pianissimo murmure et file, et sème en courant le trait empoisonné. Telle bouche le recueille, et piano, piano, vous hr ghsse en l'oreille adroitement. Le mal est fait; il germe, il rampe, il chemine, et rin~ forzando de bouche en bouche il va le diable ; puis tout à coup, ne sais comment, vous voyez calomnie se dresser, siffler, s'enfler, grandir à vue d'œil. Elle s'élance, étend son vol, tourbillonne, enveloppe, arrache, entraîne, éclate et tonne, et devient, grâce au ciel, un cri général, un crescendo public, un chorus universel de haine et de proscription. Qui diable y résisterait?

Beaumarchais.

Le Barbier de Séville, act. II, se. 7,

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