Id
tient pas, que c'est la portion des pauvres ; et que vous ne devez compter à vous de vos revenus, que ce qui est nécessaire pour soutenir l'état où la Providence vous a fait naître. Je vous demande donc : Est-ce l'Évangile, ou la cupidité, qui doit régler ce nécessaire? Oseriez-vous prétendre que toutes les vanités, dont l'usage vous fait une loi, vous fussent comptées devant Dieu comme des dépenses inséparables de votre condition ? prétendre que tout ce qui vous flatte, vous accommode, nourrit votre orgueil, satisfait vos caprices, corrompt votre cœur, vous soit pour cela nécessaire? prétendre que tout ce que vous sacrifiez à la fortune d'un enfant pour l'élever plus haut que ses ancêtres ; tout ce que vous risquez à un jeu excessif; que ce luxe, ou qui ne convient pas à votre naissance, ou qui en est un abus, soient des droits incontestables qui doivent être pris sur vos biens avant ceux de la charité ? prétendre enfin que parce qu'un père obscur et échappé de la foule vous aura laissé héritier de ses trésors, et peut-être aussi de ses injustices, il vous sera permis d'oublier votre peuple et la maison de votre père, vous mettre à côté des plus grands noms, et soutenir le même éclat, parce que vous pouvez fournir à la même dépense?
Si cela est ainsi, mes frères, si vous ne comptez pour superflu que ce qui peut échapper à vos plaisirs, à vos profusions, à vos caprices, vous n'avez donc qu'à être voluptueux, capricieux, dissolus, prodigues, pour être dispensés du devoir de l'aumône. Plus vous aurez de passions à satisfaire, plus l'obligation d'être charitable diminuera ; et vos excès, que le Seigneur vous ordonnait d'expier par la miséricorde, seront eux-mêmes le piivilège qui vous en décharge ! Il faut donc qu'il y ait ici une règle à observer, et des bornes à se prescrire, dillérentes de celles de la cupidité : et la voici, la règle
(\o la foi. Tout ce qui ne tend qu'à nourrir la vip des sens, qu'à flatter les passions, qu'à aiiloriser les pompes et les abus du monde, tout cela est superflu pour un chrétien ; c'est ce qu'il faut retrancher et mettre b part ; voilà le fonds et l'héritage des pauvres ; vous n'en êtes que le dépositaire, et ne pouvez y toucher
sans usurpation et sans injustice
Vous n'êtes donc, dans les desseins de Dieu, que les ministres de sa providence envers les créatures qui soufl'rent : vos grands biens ne sont donc que des dépôts sacrés que sa bonté a mis entre vos mains pour y être plus à couvert de l'usurpation et de la violence, et conservés plus sûrement à la veuve et à l'orphelin : votre abondance, dans l'ordre de sa sagesse, n'est donc destinée qu'à suppléer à leur nécessité ; votre autorité, qu'à les protéger; vos dignités, qu'à venger leurs intérêts : votre rang, qu'à les consoler par vos offices : tout ce que vous êtes, vous ne l'êtes que pour eux ; votre élévation ne serait plus l'ouvrage de Dieu ; et il vous aurait maudits en répandant sur vous les biens de la terre, s'il vous les avait donnés pour un autre usage.
Massillon.
Sej'mon sur V aumône.