‹ Extraits des moralistesChapitre 3 sur 299 · Connaissance générale de 1 homme · texte numérisé non relu

Connaissance générale de 1 homme

...Que l'homme çouleinple doncla nature enliéie dans sa haute et pleine majesté; qu'il éloigne sa vue des objets bas qui l'environnent; qu'il regarde cette éclatante lumière mise comme une lampe éternelle pour éclairer l'univers; que la terre lui paraisse comme un point, au prix du vaste tour que cet astre décrit, et qu'il s'étonne de ce que ce vaste tour lui-même n'est qu'une poiute très délicate à l'égard de celui que les astres qui roulent dans

1. Titre donné par les éditeurs de l'orl-l'.Dyal à ce iMssage.

le firmament embrassent. Mais si notre vue s'arrèle là, que l'imagination passe outre : elle se lassera plus tôt de concevoir que la nature de lournir. Tout ce monde visible n'est qu'un trait imperceptible dans l'ample sein de la nature. Nulle idée n'en approche. Nous avons beau enfler nos conceptions au delà des espaces imaginables, nous n'enfantons que des atomes, au prix de la réalité des choses. C'est une sphère infinie dont le centre est partout, la circonférence nulle part*. Enfin c'est le plus grand caractère sensible de la toute-puissance de Dieu, que notre imagination se perde dans cette pensée.

Que l'homme, étant revenu à soi, considère ce qu'il est au prix de ce qui est ; qu'il se regarde comme égaré dans ce canton détourné de la nature, et que, de ce petit cachot où il se trouve logé, j'entends l'univers, il apprenne à estimer la terre, les royaumes, les villes et soi-même sou juste prix.

Qu'est-ce qu'un homme dans l'infini*? Mais pour lui présenter un autre prodige aussi étonnant, qu'il recherche dans ce qu'il connaît les choses les plus délicales. Qu'un ciron'lui oflre dans la petitesse de son corps des parties incomparablement plus petites, des jambes avec des

1. Pascal a dû prendre cette image dans la prcf.ice mise par Mlle de Gournay à son édition des Essais de Montaigne de 1653. « Trismégiste, dit Mlle de Gournay, appelle la déité cercle dont le centre est partout, la circonférence nulle part. »

2. La considération des deux inlinisest une idée fondamentale dnns la philosophie de Pascal, et elle fait l'objet principal de l'opuscule intitulé : l'Esprit géométrique.

5. Les entomologistes modernes ont restreint le sens du mot ciron. Pascal entend par ce mot les plus petits insectes.

A propos de ce passage de Pascal. M. iïavet rappelle un commentaire historique fort intéressant de Michelet l^l Insecte, 'S\\\) : « Que savait-on de l'infini avant 1600? Hien du tout. Rien de l'infini ment grand, rien de l'infiniment petit. La page célèbre de Pascal tant citée sur ce sujet est l'étonnement naïf de l'humanité, si vieille et si jeune.

jointures, des veines dans ces jambes, du sang dans ces veines, des humeurs dans ce sang, des gouttes dans ces humeurs, des vapeurs dans ces gouttes; que, divisant encore ces dernières choses, il épuise ses forces en ces conceptions, et que le dernier objet où il peut arriver soit maintenant celui de notre discours; il pensera peutêtre que c'est là l'extrême petitesse de la nature. Je veux lui faire voir là dedans un abîme nouveau. Je lui veux peindre non seulement l'univers visible, mais l'immensité qu'on peut concevoir de la nature, dans l'enceinte de ce raccourci d'atome. Qu'il y voie une infinité d'univers, (!ont chacun a son firmament, ses planètes, sa terre, en la même proportion que le monde visible; dans cette terre, des animaux, et enfin des cirons, dans lesquels il retrouvera ce que les premiers ont donné; et, trouvant encore dans, les autres la même chose, sans fin et sans repos, qu'il se perde dans ces merveilles, aussi étonnantes dans leur petitesse que les autres dans leur étendue; car qui n'admirera que notre corps, qui tantôt n'ét-ait pas perceptible dans l'univers, imperceptible luimême dans le sein du tout, soit à présent un colosse, un monde, ou plutôt un tout, à l'égard du néant où l'on ne peut arriver?

Oui se considère de la sorte s'effrayera de soi-même, et, se considérant soutenu dans la masse que la nature lui a donnée, entre ces deux abîmes de l'infini et du

qui commence à s'apercevoir de sa prodigieuse ignorance, ouvre enfin les yeux au ciel et s'éveille entre deux abîmes.

« Personne n'ignore qu'en 1610 Galilée, ayant reçu de Hollande le verro grossissant, construisit le télescope, le braqua et vit le ciel. Mais on sait moins communément que Swamrncrdam, s'emparanl avec génie du microscope ébauché, le tourna en bas, et, le premier, entrevit l'infini vivant, le monde des atomes animés. Ils se succèdont. A l'époque où meurt le gi and Italien (1632), naît ce Hollandais le Galilée de l'infiniment petit (1037). »

néant il tremblen. à la vue de ces merveilles ; et je crois que. saouriositése changeant en admiration, .1 sera p us dLosé à les contempler en silence qu'à les rechercher

"SStw-cec,ue l'homme dans la naturel un néant à l'égard de l'infini, un tout à l'égard du néant, un nXu entre rien et tout. Infiniment élo.gne de comp dre les extrêmes, la fin des choses et leur pnncpe loi pour lui invincblemenl cachés dans un secret nr.^ nénétrahle; également incapable de vo.r le néant dou il est tiré, et l'infini où il est englouti.

Pascal, Pensées, Havet, I, 1-3.

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