La double nature de l'homme
Si nous sommes tout corps et tout matière, comment
1 f f BosMET Oraison funèbre de Henrieile d'AngUlerre. .11 faut
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LE SEiNS DE l.A VIE 5
pnivons-noiis concevoir un esprit juir? et comment avons-nous pu seulement inventer ce nom?
Je sais ce que l'on peut dire en ce lieu, et avec raison, que, lorsque nous parlons de ces esprits, nous n'entendons pas trop ce que nous disons. Notre faible imagination, ne pouvant soutenir une idée si pure, lui présente toujours quelque iietit corps pour la revêtir. Mais après qu'elle a lait son dernier effort pour les rendre bien subtils et bien déliés, ne sentez-vous pas en même temps qu'il sort du fond de notre âme une lumière céleste qui dissipe tous ces fantômes, si minces et si délicats que nous ayons pu les tigurer? Si vous la pressez davantage, et que vous lui demandiez ce que c'est, une voix s'élèvera du centre de l'àme : Je ne sais pas ce que c'est, mais néanmoins ce n'est pas cela. Quelle force, quelle énergie, quelle secrète vertu sent en elle-même cette âme, pour se corriger, pour se démentir elle-même et oser rejeter tout ce qu'elle pense? qui ne voit qu'il y a en elle un ressort caché qui n'agit pas encore de toute
termes. Mais, pour dire la vérité dans toute son étendue, ce n'est ni l'erreur ni la vanité qui ont inventé ces noms magnifiques; au contraire, nous ne les aurions jamais trouvés, si nous n'en avions porté le fonds en nous-mêmes : car où prendre ces nobles idées dans le néant? La faute que nous faisons n'est donc pas de nous être servis de ces noms; c'est de les avoir appliqués à des objets trop indignes. » Cf. Rousseau, Emile, IV. « En méditant sur la nature de l'homme, j'y crus découvrir deux principes distincts, dont l'un l'élevait à I "iHude des vérités éternelles, à l'amour de la justice et du beau moral, aux régions du monde intellectuel dont la contemplation fait les délices du sage, et dont l'autre le lamenait bassement en lui-même, l'asservissait à l'empire des sens, aux passions qui sont leurs ministres, et contrariait par elles tout ce que lui inspirait le sentiment du premier. En me sentant entraîné, combattu par ces deux mouvements contraires, je me disais : « Non, l'homme n'est point un; je veux et je ne veux pas, je me sens à la fois esclave et libre ; je vois le bien, je l'aime, et je fais le mal ; je suis actif quand j'écoute la raison, passif quand mes passions mentrainent; et mon pire tourment, quand je «uccoinbe, est de sentir- (jue j'ai pu résister. »
sa force, et lequel, quoiqu'il soit contraint, quoiqu'il n'ait pas son mouvement libre, fait bien voir par une certaine vigueur qu'il ne tient pas tout entier à la matière, et qu'il est comme attaché par sa pointe à quelque principe plus haut?
11 est vrai, chrétiens, je le confesse, nous ne soutenons pas* longtemps cette noble ardeur; l'àme se replonge bientôt dans sa matière. Elle a ses faiblesses et ses langueurs; et, permettez-moi de le dire, car je ne sais plus comment m'expriiner, elle a des grossièretés* incompréhensibles qui, si elle n'est éclairée d'ailleurs, la forcent presque elle-même de douter de ce qu'elle est. C'est pourquoi les sages du monde, voyant l'homme, d'un côté si grand, de l'autre si méprisable, n'ont su ni que penser ni que dire d'une si étrange composition. Demandez aux philosophes profanes ce que c'est que l'homme : les uns en feront un dieu, les autres en feront un rien; les uns diront que la nature le chérit comme une mère, et qu'elle en fait ses délices; les autres, qu'elle l'expose^ comme une marâtre, et qu'elle en fait son rebut; et un troisième parti, ne sachant plus que
1. Nous ne soutenons pas... « Soutenir n'a pas toujours eu une signiliciilion aussi ample que celle qu'il a. On dit fort aujourd'hui soutenir une négociation impoitanle, souteiiir son caractère, son personnage, etc. » Bouiiouns, Entretiens d'Ariste et d'Eugène, 1G71.
2. Etle a des grossièretés. « Quantité de raols abstraits, qui ne sont plus usités qu'au singulier, s'employaient au pluriel au xvn* siècle pour marquer la repoli lion des f.iiis et des actes. » Godei-t.oy, Le^iique de la langue de Corneille. Voici quelques e\emi)ies de Cossuel : « Vous avez expérimenté quelles étaient ses compassions. » Panég. de saint François de Sales (1G()2). a Une servitude... qui nous asservit au qu'en-dira-t-on et à tant d'autres circonspections importunes. » Serm. potir la vêture d'une postulante Bernardine (1G'30 ou 16l>i). « Un Jiomme qui poussait les diflicullés aux dernières précisions. » Conférence avec le ministre Claude (16S2). (Note de M. Rcbelliau dans son édition des Sermons de Bossuet. Hachette.)