‹ Extraits des moralistesChapitre 32 sur 299 · Les mourants · texte numérisé non relu

Les mourants

r.orrôge* passait les jours à voir jouer les petits enfants. Apelle*, dit un ancien, n'aimait à peindre que des personnes mourantes.

En ces jours d'arrivée, de départ, de passage entre deux mondes, l'homme semble les contenir tous ensemble. La vie instinctive où il est alors plongé est comme l'aube et le crépuscule de la pensée, plus vague que la pensée sans doute; mais combien plus vaste! Tout travail intermédiaire de la vie raisonneuse et réfléchie est comme une ligne étroite qui part de l'immensité obscure et qui y retourne. Si vous voulez le bien sentir, étudiez de près l'enfant, le mourant. Placez-vous à leur chevet, observez, faites silence.

J'ai malheureusement eu trop d'occasions de contempler les approches de la mort, et sur des personnes chères. Je me rappelle spécialement une longue journée d'hiver que je passai entre le lit d'une mourante et la lecture d'Isaïe. Ce spectacle, très pénible, était celui d'un combat entre la veille et le sommeil, un songe laborieux de l'àme qui se soulevait, retombait.... Les yeux qui nageaient dans le vide exprimaient, avec une vérité douloureuse, l'incertitude entre deux mondes. La pensée, obscure et vaste, roulait toute la vie écoulée, et elle s'agrandissait de pressentiments immenses.... Le témoin de cette grande lutte qui en partageait le flux, le reflux, toutes les anxiétés, se serrait, comme en un naufrage, à cette ferme croyance, qu'une âme ([ui, tout en revenant à nos instincts primitifs, anticipait déjà dans celui

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