Qu'est-ce que le caractère • î
Quoi(iue tout être sensible naisse essentiellement animal d'habitude, il y a des âmes qui se développent avec une certaine raideur, une tixité, une intlexibililé
1. Le sens du mot caractère prête à des amphibologies que la page du Rivaroi qu'on va lire ne résoudra pas toutes. Les uns appellent
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qui ferait penser qu'elles ont été plus fortement trempées que les autres. De là vient que le caractère est souvent nommé complexion et tempérament.
Tantôt le caractère est le fruit d'une passion dominante, tantôt de certains principes qu'on s'est faits, et tantôt de quelque i)uissant préjugé qu'on a reçu. Dans tous ces cas, l'homme à caractère impose également à ses propres passions et aux passions des autres; et non seulement l'individu à grand caractère résiste à cette double tyrannie, mais il finit souvent par établir la sienne.
Les caractères sont rares chez les peuples polis et communicatifs. Les enfants et les sauvages, qui ont presque toujours une passion dominante, que le contrepoids des idées ne balance pas, offrent des traits de caractère qui étonnent. On peut en dire autant des femmes; ce qui explique le bonheur de leur règne : car. pour régner, il faut des volontés ; et les femmes, qui n'en manquent pas, portent le sceptre avec gloire.
Mais le vrai caractère est celui d'un César ou d'un Crom\vell; caractère qu'ils se sont fait, ou que du moins ils ont fortifié de toutes les ressources de leur esprit, de ce même esprit qui affaiblit ordinairement le caractère chez tous les hommes : car plus on a l'esprit vaste. et plus on est en proie au mouvement et à la variété de ses idées; plus l'esprit est délié, et plus la nuance qui le décide est fine. La première objection, le moindre
caractère l'état tel quel de nos dispositions mentales. D'autres, comme Uivarol, appellent caractère le caractère auquel une position dominante imprime une physionomie maraiiée et durable. Mais certains philosopiies voudraient limiter l'emploi du mot caractère pour désigner ceux qui obéissent, non à une passion, mais à des principes. C'est en ce sens que l'on dit : « un caractère », en donnant à œ mot toute sa force, pour louer celui qui ne cède ni aux autres ni à ses propres pa>-ions
obstacle, suffisent pour replonger une tète pensante dans le doute et la délibération ; tandis que les hommes qui ne jugent que les masses ou qui ne cèdent qu'aux passions fortes sont plus intraitables et plus fixes.
On sait que, dans toute délibération, notre dernier désir est notre volonté, et que c'est notre dernier jugement qui forme notre opinion. Celui qui n'a qu'un désir ou qu'une opinion est un homme à caractère.
Les individus extraordinaires qui exécutent de si grandes choses sont ceux qui naissent dans des temps favorables, avec une entière conformité entre leur caractère et leur talent : car alors le talent dirige le caractère, le caractère fait valoir le talent, et le tout se déploie sur un théâtre préparé par la fortune.
Le défaut ou l'absence de caractère s'appelle faiblesse, indécision, irrésolution habituelles : état où l'âme ne conçoit que des désirs impuissants ou sans consistance, et s'abandonne toujours à des impulsions étrangères; où elle voit et néglige le bien qu'elle aime, et fait le mal qu'elle voit et qu'elle hait; où elle murmure des maux inévitables, et soufTre ceux qu'elle peut empêcher. L'homme d'État sans caractère est plus redoutable que le méchant. On dit qu'il est zéro; oui, mais il est zéro plus que tous les méchants qui l'environnent et le gouvernent. Nous regarderions comme la plus funeste des plantes celle qui serait tantôt salutaire et tantôt vénéneuse : les poisons fixes ne sont pas si dangereux.
RiVAROL.
De l'homme intellectuel et moral.