‹ Extraits des moralistesChapitre 89 sur 299 · La vaine gloire · texte numérisé non relu

La vaine gloire

Nous appelons vaine la gloire qu'on se donne, ou pour ce qui n'est pas en nous, ou pour ce qui est en nous, mais non pas à nous, ou pour ce qui est en nous et à nous, mais qui ne mérite pas qu'on s'en glorifie. La noblesse de la race, la faveur des grands, l'honneur populaire, ce sont choses qui ne sont pas en nous, mais ou en nos prédécesseurs, ou en l'estime d'autruy. Il y en a qui se rendent fiers et morgans', pour estre sur un bon cheval, pour avoir un pennache en leur chapeau, pour estre habillez somptueusement. Mais qui ne voit cette fohe? car s'il y a de la gloire pour cela, elle est pour le cheval, pour l'oyseau et pour le tailleur. Et quelle lascheté de courage est-ce d'emprunter son estime d'un cheval, d'une plume, d'un goderon2?Lesautresse prisent et regardent pour des moustaches relevées, pour une barbe bien peignée, pour des cheveux crespez, pour des mains douillettes, pour sçavoir danser, jouer, chanter; mais ne sont-ils pas lasches de courage, de vouloir enchérir leur valeur et donner du surcroist à leur réputation par des choses si frivoles et folastres? Les autres

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