LE RETOUR A LA FERME
Au bout d’un quart d’heure ils avaient franchi les brandes. Ils trottaient sur la grand’route, et la Grise hennissait à chaque objet de sa connaissance. Petit-Pierre racontait à son père ce qu’il avait pu comprendre dans ce qui s’était passé.
— Quand nous sommes arrivés, dit-il, cet homme-là est venu pour parler à ma Marie dans la bergerie où nous avons été tout de suite, pour voii les beaux moutoms. Moi, j’étais monté dans la crèche pour jouer, et cet homme-là ne me voyait pas. Alors il a dit bonjour à ma Marie, et il l’a embrassée.
— Tu t’es laissé embrasser, Marie ? dit Germain tout tremblant de colère.
— J’ai cru que c’était uns honnêteté (i), une coutume de l’endroit aux arrivées, comme, chez vous, la grand’mère embrasse les jeunes filles qui entrent à son service, pour leur faire voir qu’elle les adopte et qu’elle leur sera comme une mère...
Et Petit-Pierre continua son récit ; il dit à son père comment ce vilain fermier leur avait fait peur. La petite Marie s'était fâcliée et lui avait dit aussitôt qu’elle ne resterait pas à son service. En devisant, ils arrivèrent à Belair ; la jeune fille était reconnaissante d’avoir été protégée par son honnête voisin. Mais, de ce jour, elle-n’osa plus adresser la parole à Germain; et celui-ci semblait s’éloigner de l’innocente enfant, qui ne répondait point à son amour.