‹ Extraits des romans champêtresChapitre 20 sur 37 · LA MÈRE MAURICE · texte numérisé non relu

LA MÈRE MAURICE

Un jour la mère Maurice se trouvant seule dans le verger avec Germain, lui dît d’un air d’amîtié : « Mon pauvre gendre, je croîs que vous n’êtes pas bien. Vous ne mangez pas aussi bien qu’à l’ordinaire, vous ne riez plus, vous

(1) Le paysan berrichon, d’apparence lourd et timide, est en g^énéral tendre. On s’embrasse 5 tout propos en Berry. Les jeunes fçens et les jeunes filles s’embrassent au commencement et à la fin de chaque bourrée. Quand une jeune fille arrive au service dans une maison, on l’embrasse, comme le dit la petite Marie, pour lui souhaiter la bienvenue. Le maître, la maîlre‘jse de maison se laissent embrasser par leurs domestiques ; G. Sand elle-même, parlant pour un vo 3 ’^ag;e, embrasse ses serviteurs. Cf. Correspondance^ t.

LA MARE AU DIABLE

causez de moins en moins. Est-ce que quelqu’un de chez nous, ou nous-mêmes, sans ie savoii et' sans le vouloir, vous avons fait de la peine ?

— Non, ma mère, répondit Germain, vous avez toujours été aussi bonne pour moi que la mère qui m’a mis au monde, et je serais un ingrat si je me plaignais de vous, ou de votre mari, ou de personne de la maison.

— En ce cas, mon enfant, c’est le chagrin de la mort de votre femme qui vous revient. Au lieu de s’en aller avec le temps, votre ennui empire, et il faut absolument faire ce que votre beau-père vous a dit fort sagement : il faut vous remarier.

— Oui, ma mère, ce serait aussi mon idée ; mais les femmes que vous m’avez conseillé de rechercher ne me conviennent pas. Quand je les vois, au lieu d’oublier ma Catherine, j’y pense davantage.

— C’est qu’apparemment, Germain, nous n’avons pas su deviner votre goût. Il faut donc que vous nous aidiez, en nous disant la vérité...

Et ie fin laboureur osait à peine déclarer à sa belle-mère quel était l’objet de son amour. Quand la mère Maurice apprit que c’était la petite Marie, elle fut bien surprise, mais n osa pas témoigner son étonnement à Germain, car elle le voyait dans une grande peine. Elle essaya de remonter son courage en lui faisant entrevoir que la pauvre jeune fille pourrait peut-être changer de sentiment à son égard.

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