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Germain obéit. Il arriva chez la Guillette, la tête basse et. l’air accablé. La petite Marie était seule au coin du feu, si pensive qu’elle n’entendit pas venir Germain. Quand elle le vit devant elle, elle sauta de surprise sur sa chaise, et devint toute rouge.
— Petite Marie, lui dit-il en s’asseyant auprès d’elle, je viens te faire de la peine et t’ennuyer, je le sais bien : mais Vhomme et la femme de chez nous (désignant ainsi, selon l’usage, les chefs de famille) veulent que je te parle et que je te (I^cmande de m’épouser. Tu ne le veux pas, toi, je m’y attends.
— Germain, répondit la petite Marie, c'est donc décidé que vous m ’aimez P
— Ça te fâche, je le sais, mais ce n’est pas ma faute : si tu pouvais changer, d’avis, je serais trop content, et sans doute je ne mérite pas que cela soit. Voyons, regarde-moi, Marie, je suis donc bien affreux P
— Non, Germain, répondit-elle en souriant, vous êtes plus beau que moi.
— Ne te moque pas; regarde-moi avec indulgence ; il ne me manque encore ni un cheveu ni une dent. Mes yeux te disent que je t’aime. Regarde-moi donc dans les yeux, ça y est écrit, et toute fille sait lire dans cette écriture-là.
Marie regarda dans les yeux de Germain avec son assurance enjouée : puis, tout à coup, elle détourna la tête...
— Ah I mon Dieu I je te fais peur, dit Germain, tu me regardes comme si j’étais le fermier des Ormeaux. Ne me crains pas, je t’en prie, cela me fait tfop de mal. Je ne te dirai pas de mauvaises paroles, moi ; je ne t’embrasserai pas malgré toi, et quand tu voudras que je m’en aille, tu n’auras qu’à me montrer la porte. Voyons, faut-il que je sorte...
Marie tendit la main au laboureur, mais sans détourner sa tête penchée vers le foyer, et sans dire un mot.
— Je comprends, dit Germain; tu me plains, car tu es bonne ; tu es fâchée de me rendre malheureux : mais tu ne peux pourtant pas m’aimer P
— Pourquoi me dites-vous ces choscs-là, Germain P répondit enfin la petite Marie, vous voulez'donc me faire pleurer P
— Pauvre petite fille, tu as bon cœur, je le sais; mais lu ne m’aimes pas, et tu me caches ta figure parce que lu crains de me laisser voir ton déplaisir et ta répugnance. Et moi I je n’ose pas seulement te serrer la main, 1 Dans le bois, quand mon fils dormait, et que tu dormais aussi, j’ai failli t’embrasser tout doucement. Mais je serais mort de honte plutôt que de te le demander, et j’ai autant souffert dans cette nuit-là qu’un homme qui brûlerait à petit feu. Depuis ce temps-là j’ai rêvé à toi toutes les nuits. Ah I comme je t’embrassais, Marie I Mais toi, pendant ce temps-là, tu dor-
T,A MARE AU DfARLE
mais sans rêver. JEt, à présent, sais-tu ce que je pense ? c’est que si tu te retournais pour me regarder avec les yeux que j’ai pour toi, et si tu approchais ton visage du mien, je crois que j’en tomberais mort de joie. Et toi, lu penses que si pareille chose l’arrivait tu en mourrais de colère et de honte I
Germain parlait comme dans un rêve sans entendre ce qu’il disait... Le pauvre laboureur... sans attendre son arrêt, se leva pour partir; mais la jeune fille l’arrêta en l’entourant de ses doux bras, et, cachant sa tête dans son sein : — Ah ! Germain, lui dit-elle en sanglotant, vous n’avez donc pas deviné que je vous aime ?
Germain serait devenu fou, si son fils qui le cherchait et qui entra dans la chaumière au grand galop sur un bâton, avec sa petite sœur en croupe qui fouettait avec une branche d’osier ce coursier imaginaire, ne l’eût rappelé à lui-même. Il le souleva dans ses bras, et le mettant dans ceux de sa fiancée :
— Tiens, lui dit-il, tu as fait plus d’un heureux en m’aimant!