‹ Extraits en prose de VoltaireChapitre 117 sur 259 · Voy. la Lettre à V Académie · texte numérisé non relu

Voy. la Lettre à V Académie

2. La vraie raison esl que la tragédie française avait emprunté cet usage des récits pompeux (facun-

(ha prœsens) à la tragédie grecque, encore tout imprégnée de poésie épique • c'est une convention dont le sens s'était perdu.

et il ajoute ce vers si nécessaire, si touchant, si désespérant pour Thésée :

Et j'ose dire encor, seigneur, le moins coupable.

La gradation est pleinement observée, les nuances se font sentir l'une après l'autre.

Le père attendri demande « cpiel Dieu lui a ravi son fils, quelle foudre soudaine...? » Et il n'a pas le courage d'achever; il reste muet dans sa douleur; il attend ce récit fatal; le public l'attend de même. Théramène doit répondre; on lui demande des détails, il doit en donner.

Était-ce à celui qui fait discourir Mentor et tous ses personnages si longtemps, et quelquefois jusqu'à la satiété, de fermer la bouche à Théramène? Quel est le spectateur qui voudrait ne le pas entendre? ne pas jouir du plaisir douloureux d'écouter les circonstances de la mort d'Hippolyte? qui voudrait même qu'on en retranchât quatre vers? Ce n'est pas là une vaine description d'une tempête inutile à la pièce, ce n'est pas là une amplification mal écrite; c'est la diction la plus pure et la plus touchante; enfin c'est Racine.

On lui reproche le héros expiré. Quelle misérable vétille de grammaire! Pourquoi ne pas dire ce héros expiré, comme on dit : il est expiré; il a expiré !\l faut remercier Racine d'avoir enrichi la langue à laquelle il a donné tant de charmes, en ne disant jamais que ce qu'il doit, lorsque les autres disent tout ce qu'ils peuvent.

{Dict. pitil., amplification).

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