‹ Extraits en prose de VoltaireChapitre 120 sur 259 · Dieu .'^upromc et unique des Hindous · texte numérisé non relu

Dieu .'^upromc et unique des Hindous

si violentes vibrations dans les nerfs, que la raison en est tout à fait détruite. Il peut ne causer que de légères secousses, qui ne fassent que donner au cerveau un peu plus d'activité; c'est ce qui arrive dans les grands mouvements d'éloquence, et surtout dans la poésie sublime. L'enthousiasme raisonnable est le partage des grands poètes.

Cet enthousiasme raisonnable est la perfection de leur art; c'est ce qui fit croire autrefois qu'ils étaient inspirés des dieux; et c'est ce qu'on n'a jamais dit des autres artistes.

Comment le raisonnement peut-il gouverner l'enthousiasme? C'est qu'un poète dessine d'abord l'ordonnance de son tableau; la raison alors tient le crayon. Mais veut-il animer ses personnages et leur doimer le caractère des passions, alors l'imagination s'échauffe, l'enlhousiasme agit; c'est un coursier qui s'emporte dans sa carrière; mais la carrière est régulièrement tracée*.

L'enthousiasme est admis- dans tous les genres de poésie où il entre du sentiment; quelquefois même il se fait place jusque dans l'églogue; témoin ces vers de la dixième églogue de Virgile (vers 58 et suiv.) :

Jam mihi per rupes vidcor lucosquc sonantcs Ire: libel Parllio torqiiere Cydonia cornu Spicu/a : tanquam hsec sint nostri medicina furoris Aul deus ille malis hominum milescere discal^!

Le style des épitres, dés satires, réprouve l'enthousiasme;

1. Il y a souvent dans la composilion poéliquo, sous l'influence (l'un véritable eulhousiasnie, plus de spoulanéilé que ne le suppose Voltaire, qui ne connaît pas ces transports.

i. Est admis est naïf. — L'enthousiasme s'impose, sans tenir

nul compte des règles cl des bienséances.

5. lime semble maintenant que je parcours les rochers et les bois sonores; comme si c'étaient là des remi'des à mn passion, comme si le Dieu I r.Xniour, savait s' altcndriï sur les maux des hommes.

aussi n'en trouve-t-on point dans les ouvrages de Boiloau et de Pope.

Nos odes, dit-on, sont de véritables chants d'enthousiasme ; mais comme elles ne se chantent point parmi nous, elles sont souvent moins des odes que des stances ornées de réflexions ingénieuses.

Ce qui est toujours fort à craindre dans l'enthousiasme, c'est de se livrer à l'ampoulé, au gigantesque, au galimatias. En voici un grand exemple dans l'ode sur la naissance d'un prince du sang royal :

Où suis-jo? quel nouveau miracle Tient eiicor mes sens encliantés?

Quel vaste, quel pompeux spectacle Frappe mes yeux épouvantés?

Un nouveau monde vient d'éclore L'univers se reforme encore Dans les abîmes du cliaos; Et pour réparer ses ruines ■le vois des demeures divines Descendre un peuple de héros.

(J.-B. Rousseau, Ode sur la naissance du duc de Brelagne.)

Nous prendrons cette occasion pour dire qu"d y a peu d'enthousiasme dans VOdc sur la prise de Numiir^.

(Dict. phiL, E.nthousias.me).

1. (Vl (jiivnij,'!' tlun L'iillioiisiasiiic simulé est eu cll'et uuc firavc erreur' (le coûta la charge de Boilnaucl de

liiuusiasMic dans la poésie lyi'i(|ue n'existait guère davantage, mais on romniencait à en entrevoir les cou-

son siècle. Au siècle suivant, l'eu- ditions

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