‹ Extraits en prose de VoltaireChapitre 122 sur 259 · L'iiistoire alors se confondait avec l'épopée · texte numérisé non relu

L'iiistoire alors se confondait avec l'épopée

rite la mémoire du petit nombre de grands hommes qui lui devait servir d'exemple. On ne s'était point encore avisé de donner l'iiistoire d'un couvent on d'une petite ville en plusieurs volumes in -folio * ; on n'écrivait que ce qui en était (ligne, que ce que les hommes devaient retenir par cœur- Voilà pourquoi on se servait de l'harmonie des vers pour aider la mémoire. C'est pour cette raison que les premiers piiilosophes, les législateurs, les fondateurs des religions et les historiens étaient tous poètes.

11 semble que la poésie dût manquer communément, dans de pareils sujets, ou de précision ou d'harmonie ; mais depuis que Virgile et Horace ont réuni ces deux grands mérites qui paraissent si incompatibles, depuis que MM. Despréaux et RcW?ine ont écrit comme Virgile et Horace, un homme qui les a lus, et qui sait qu'ils sont traduits dans presque toutes les langues de l'Europe, peut-il avilir à ce point un talent qui lui a-fait tant d'honneur à lui-même? Je placerai nos Despréaux et nos Racine à côté de Virgile pour le mérite de la versification, parce que si l'auteur de VÉnéide était né à Paris, il aurait rimé comme eux; et si ces deux Français avaient vécu du temps d'Auguste, ils auraient fait le même usage que Virgile de la mesure des vers latins. Quand donc M. de Lamotte appelle la versification un travml mécanique et ridiade, c'est charger de ce ridicule, non seulement nos grands poètes, mais tous ceux de l'antiquité.

Virgile et Horace se sont asservis à un travail aussi mécanique que nos auteurs; un arrangement heureux de spondées et de dactyles était aussi pénible que nos rimes et nos hémistiches. H fallait que ce travail fût bien laborieux.

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