‹ Extraits en prose de VoltaireChapitre 163 sur 259 · Appréciation fort superficielle · texte numérisé non relu

Appréciation fort superficielle

— Le peuple anglais n'a pas cessé de f-aire, sur tous les points du glolie, les conquêtes qu'il a jugées utiles au développement ou à l'alTerniisscnienl de sa puissance maritime; content de sa liberté, celle des

autres peuples lui est fort indifférente ; quant à Louis XIV, c'est comme protecteur des Sluarts chassés du trône, non comme prince ambitieux et conquérant, qu'il s'est aliéné l'Angleterre, et seulement ù partir d» 1688.

acheté trop cher leurs lois. Les autres nationr. n'ont pas pu moins de trouhles, n'ont pas versé moins de sang qu'eux ; mais ce sang qu'elles ont répandu pour la cause de leur liherté n'a fait que cimenter leur servitude.

Ce qui devient une révolution en Angleterre n'est qu'une sédition dans les autres pays. Une ville prend les armes pour défendre ses piiviloges, soit en Espagne, soit en Barbarie, soit en Turquie; aussitôt des soldats mercenaires la subjuguent, des bourreaux la punissent, et le reste de la nation baise ses chaînes : les Français pensent que le gouvernement de cette ile est plus orageux que la mer qui l'environne*, et cela est vrai: mais c'est quand le roi commence la tempête, c'est quand il veut se rendre le maître du vaisseau dont il n'est que le premier pilote. Les guerres civiles de France ont été plus longues, plus cruelles, plus fécondes en crimes que celles d'Angleterre; mais de toutes ces guerres civiles aucune n'a eu une liberté sage pour objet.

Dans les temps détestables de Charles IX et de Henri III, il s'agissait seulement de savoir si on serait l'esclave des Guises. Pour la dernière guerre de Paris, elle ne mérite que dos sifflets; il me semble que je vois des écoliers qui se mutinent contre le préfet d'un collège, et qui finissent par être fouettés ; le cardinal de \\o\z, avec beaucoup desprit et de courage mal employés, rebelle sans aucun sujet, factieux sans dessein, chef départi sans armée, cabalait pour cabaler, et semblait faire la guerre civile pour son plaisir. Le parlement ne savait ce qu'il voulait, ni ce qu'il ne voulait pas; il levait des troupes par arrêt, il les cassait; il menaçait, il demandait pardon; il mettait à prix la tète

1. C'est lo mot (le Bossupt, dans ['Oraison funèbre de llenrietle de France : « L'AngleleiTe... plu*

agitée en sa terre et dans ses ports mêmes que l'Océau qui l'environne. »

du cardinal Mazarin, et ensuite venait le complimenter en cérémonie : nos guerres civiles sous Charles VI avaient été cruelles, celles de la Ligue furent abominables, celle de la Fronde fut ridicule.

Ce qu'on reproche le plus en France aux Anglais, c'est 1(^ supplice de Charles I", monarque digne d'un meilleur sort, qui fut traité par ses vainqueurs comme il les eût traités s'il eût été heureux.

Après tout, regardez d'un côté Charles P' vaincu en bataille rangée, prisonnier, jugé, condamné dans Westminster, et décapité ; et de l'autre l'empereur Henri Vil empoisonné par son chapelain en communiant ', Henri III assassiné par un moine, trente assassinats médités contre Henri IV, plusieurs exécutés, et le dernier privant enfin la France de ce grand roi. Pesez ces attentats, et jugez-,

(Lcllrcs philosophiques, YIII.)

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