XV. - LA LIBERTE DU COMMERCE DES GRAINS ET LA GUERRE DES FARINES
Je viens à l'arlicle des blés. Je suis laboureur, et cet objet me regarde. J'ai environ quatre-vingts personnes à nourrir. Ma grange est à fiois lieues de la ville la plus procbainc'; je suis obligé quelquefois d'acbeter du froment, parce que mon terrain n'est pas si fertile que celui de l'Egypte et de la Sicile.
Un jour un greffier me dit : « Allez-vous-en à trois lieues payer cbèrement au marclié de mauvais blé. Prenez des commis un acquit à caution; et si vous le perdez en chemin, le premier sbire qui vous rencontrera sera en droit de saisir votre nourriture, vos chevaux, votre femme, votre personne, vos enfants. Si vous faites quelques difficultés sur cette proposition, sachez qu'à vingt lieues il est un coupe-gorge qu'on appelle juridiction ; on vous y traînera, vous serez condamné à marcher à pied jusqu'à Toulon*, où vous pourrez labourer à loisir la mer Méditerranée. >)
Je pris d'abord ce discours instructif pour une froide raillerie. C'était pourtant la vérité pure. « Quoi! dis-je, j'aurai rassemblé des colons pour cultiver avec moi la terre, et je ne pourrai acheter librement du blé pour les nourrir eux et ma famille! et je ne pourrai en vendre à mon voisin quand j'en aurai de superflu! — Non, il faut que vous et votre voisin creviez vos chevaux pour courir pendant six lieues. — Eh! dites-moi, je vous prie, j'ai des pommes de terre et des châtaignes, avec lesquelles on fait du pain