A M. TIUERIOTs
Octobre (1724).
Quand je vous ai proposé la place de secrétaire dans l'ambassade de M. le duc de Richelieu*, je vous ai proposé un emploi que je donnerais à mon fils, si j'en avais un, et que je prendrais pour moi, si mes occupations et ma santé ne m'en empêchaient pas. J'aurais assurément regardé comme un grand avantage de pouvoir m'instruire des alTaires sur le plus beau théâtre et dans la première cour de l'Europe. Cette place même est d'autant plus agréable
1. Henri IV, ù la gloire duquel Voltaire venait d'écrire, pendant sa raplivité, les doux premiers clianls de la Ligue.
2. C'est un trait décoché i-iulre les gens de lettres, qui quêtaient des souscriptions auprès des grauds seigneurs, alin de pourvoir aux fraisd'impressioude leui's ouvrages.
3. En 1714, Voltaire avait été contraint par son |ière d'euirer tomme clerc chez M° Alain, procureur, place Mauberl ; il n'y resta que quelques mois. C'est là qu'il connut Thieriot. son cadet de deux aus, connue lui beaucoup plus épris
de théâtre et de belles-lettres que de ]irocédurc, cl que commença entre eux une amitié (pii devait durer jusqu'à la mort de Thieriot (17/2). Celui ci, pendant la jcnnes-e de Voltaire, fut son tonlident et son correspondant de tous les jours; ajoutons, son parasite, car Thierioi.
était un iMcui'able Oàneiu', incapable de lonl travail réguliei- el suivi.
4. L'ambassade de Vienne oii Richelieu venait d'être nonnué grâce à la protection de Mme de Prie, favorite du duc de Bourbon, prenlier ministre.
CORRESPONDANCE
qu'il n'y a point de secrétaire d'ambassade en chef; que vous auriez eu une relation nécessaire et suivie avec le ministre; et que, pour peu que vous eussiez été touché de l'ambition de vous instruire et de vous élever par votre mérite et par votre assiduité au travail le plus honorable et le plus digne d'un homme d'esprit, vous auriez été plus à portée qu'un autre de prétendre aux postes qui sont d'ordinaire la récompense de ces emplois. M. Dubourg, cidevant secrétaire du comte de Lu^' (et à ses gages), est maintenant chargé, à Vienne, des affaires de la cour de France, avec huit mille livres d'appointements. Si vous aviez voulu, j'ose vous répondre qu'une pareille fortune vous était assurée. Quant aux gages, qui vous révoltent si fort, et pourtant si mal à propos, vous auriez pu n'en point prendre-; et, puisque vous pouvez vous passer de secours dans la maison de M. de Bernières', vous l'auriez pu encore plus aisément dans la maison de l'ambassadeur de France, et peut-être n'auriez-vous point rougi de recevoir de la main de celui qui représente le roi des présents qui eussent mieux valu que des appointements.
Vous avez refusé l'emploi le plus honnête et le plus utile qui se présentera jamais pour vous. Je suppose que vous n'avez fait ce refus qu'après y avoir mûrement réfléchi, et que vous êtes sûr de ne vous en point repentir le reste de votre vie. Si c'est Mme de Bernières qui vous y a porté, elle vous a donné un très méchant conseil; si vous avez craint effectivement, connue vous le dites, de vous constituer