‹ Extraits en prose de VoltaireChapitre 181 sur 259 · AU MÊME · texte numérisé non relu

AU MÊME

Le 12 août 1726'.

J"ai reçu bien tard, mou cher Thieriol, une leltre de vous, du 1 1 du mois de mai dernier. Vous m'avez vu bien malheureux à Paris. La même destinée m"a poursuivi partout. Si le caractère des héros de mon poème est aussi bien soutenu que celui de ma mauvaise fortune, mon poème assurément réussira mieux cjue moi-. Vous me donnez par votre lettre des assurances si touchantes de votre amitié, qu'il est juste que j'y réponde par de la confiance. Je vous avouerai donc, mon cher Thieriot, que j'ai fait un petit voyage à Paris, d(>puis peu. Puisque je ne vous y ai point vu, vous jugerez aisément que je n'ai vu personne. Je ne cherchais qu'un seul homme que l'instinct de sa poltronnerie a caché de moi, comme s'il avait deviné que je fusse à sa piste. Enfin la crainte d'être découTert m'a fait partir plus précipilamment que je n'étais venu. Voilà qui est fait, mon cher Thieriot; il y a grande apparence que je ne vous reverrai plus de ma vie. Je suis encore très incertain si je me retirerai à Londres. Je sais que c'est un pays où les aris sont tous honorés et récompensés, où il y a de la différence entre les conditions, mois point d'autre entre les hommes que celle du mérite ^. C"est un pays où on pense hbrement e( noblement, sans être retenu par aucune crainte servile. Si je suivais mon inclination, ce serait là que je me fixerais

1. Après l'oulra-io qui» lui avait infligé le chevalier de Rolian ol sa seconde incarcération à la Bastille (voy. .Notice, |i. ixj, Voltaire avait été Conduit à Calais et cmbarqiK' iwur l'Angleterre le 5 mai 1726. Il (levait ne rentrer régulièrement en France qu'au mois de mars 1729.

Mais on voit, par celte lettre précieuse, iju'il revint claiidestiuenicnl à Paris, et j)ourquoi.

2. La Li(jiu\ qui èlail en train de subir une refonte complèle. pour paraître à Londres^ sous le titre do la Henriadc, en 1728.

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