‹ Extraits en prose de VoltaireChapitre 182 sur 259 · Voy. p · texte numérisé non relu

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CORRESPONDANCE

dans l'idée souleinent d'apprendre à penser'. Mais je ne sais si ma petite fortune, très dérangée par tant de voyages, ma mauvaise santé, plus altérée que jamais, et mon goût pour la plus profonde retraite, me permettront d'aller me jeter au travers du tintamarre* de WhitehalP et de Londres. Je suis très bien recommandé eu ce pays-là ei on m'y attend avec assez de bonté*; mais je ne puis pas vous répondre que je fasse le voyage^. Je n'ai plus que deux choses à faire dans ma vie : l'une de la hasarder avec honneur" dés que je le poiuTai; et l'autre de la Unir dans l'obscurité d'une retraite qui convient à ma façon de penser, à mes malheurs et à la connaissance que j'ai des hommes.

J'abandonne de bon cœur mes pensions du roi et de la reine'; le seul regret que j'aie est de n'avoir pu réussir à vous les faire partager. Ce serait une consolation pour moi dans ma solitude de penser que j'aui'ais pu, une fois en ma

1. Remarquons ceUe prédilecliou (le l'aulour pour les pays libres, parlieulièri'nient pour ceux où la pensée n'est gênée par aucune entrave. 11 avait éprouvé une impression analogue à la Haye en 1722.

2. Bruit à la fois éclaant et confus. Ce mot, d'une étyniologic obscure, cl qui paraît être une onomatopée, ne se trouve pas avant le quinzième siècle. Il tend à dc>cendre dans l'usage familier.

5. Ancien palais des rois d'AngicleiTc. C'est devant Whilehall que fut exécuté Cliarles 1" (1619).

t. Dolingbroko, que Voltaire avait coiniu et fréquenté, tandis que l'ancien ministre de la reine Anne était exilé en France, avait obtenu de rentrer dans sa patrie en 1725; c'est par lui et chez lui que l'autcui- fut

mis en relation avec ce que l'Angleterre comptait alors de plus remarquable dans les lettres, Swift, Pope, Gay. Voltaire tionva un autre prolecteur eu M. Falkencr, auquel il dédia Zaïre. Le roi George luimême lui (il un présent de cent guinées, poiu' subvenir à ses première besoins.

.5. On ne sait où Voltaire se Irou- >ait alors; sans doute sur quelque point de la cote anglaise.

6. four sauver « non son honneur, disait-il, mais celui de M. de r.ohan ...

7. 11 avait reçu du roi (1722) une pension de deux mille livres, et une autre de la reine (1725) de quinze cents, a])rès la représenlation à la cour de Marininnc et de riiidiscrt'l.

vie, vous être de quelque utilité ; mais je suis destiné à être malheureux de toutes façons. Le plus grand plaisir qu'un honnùle homme puisse ressentir, celui de faire plaisir à ses amis, m'est refusé.

Je ne sais comment Mme de Dernières pense à mon égard.

Prendrait-elle le soin de rassurer mon cœur Contre la défiance attachée au malheur' ?

Je respecterai toute ma vie l'amitié qu'elle a eue pour moi et je conserverai celle que j'ai pour elle. Je lui souhaite une meilleure santé-, une fortune rangée s, bien du plaisir et des amis comme vous. Parlez-lui quelquefois de moi. Si j'ai encore quelques amis qui prononcent mon nom devant vous, parlez de moi sobrement avec eux et entretenez le souvenir qu'ils veulent bien me conserver.

Pour vous, écrivez-moi quelquefois, sans examiner si je fais exactement réponse. Comptez sur mon cœur plus que sur mes lettres.

Adieu, mon cher Thieriof ; aimez-moi malgré l'absence et la mauvaise fortune.

1. Après sa mésaventiu'e, Mme de Dernières avait paru se désintéresser de lui. Les deux vers (ju'il insère ici sont de Racine (Milhridate, 11,4).

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