‹ Extraits en prose de VoltaireChapitre 26 sur 259 · Sur la Senne, en Haiuaut · texte numérisé non relu

Sur la Senne, en Haiuaut

ô. Rétablir, dans le sens de remédier à ; ou dirait aujourd'hui :

rétablir l'ordre.

troupes, charger trois fois à la tête de la maison du roi', tut l'ouvrage de moins de deux heures. Il avait dans son armée Philippe duc d'Orléans, alors duc de Chartres, depuis régent du royaume, pelit-fds de France, qui n'avait alors ((ue quinze ans. 11 ne pouvait être utile pour un coup décisif; mais c'était heaucoup pour animer les soldais qu'un pelit-fils de France, encore enfant, chargeant avec la maison du roi, blessé dans le combat, et revenant encore à la charge malgré sa blessure.

Un petit-fds et un petit-neveu du grand Condé servaient tous deux de lieutenanls généraux : l'un était Louis de Bourbon, nommé Monsieur le Duc; l'autre, François-Louis, prince de Conti, rivaux de courage, d'esprit, d'ambition, de réputation; Monsieur le Duc, d'un naturel plus austère, ayant peut-être des qualités plus solides, et le prince de Conti de plus brillantes. Appelés tous deux par la voix publique au commandement des armées, ils désiraient passionnément cette gloire : mais ils n'y parvinrent jamais, parce que Louis, qui connaissait leur ambition comme leur mérite, se souvenait toujours que le prince de Condé lui avait fait la guerre.

Le prince de ConJifut le premier qui rétablit le désordre, ralliant des brigades, en faisant avancer d'autres; Monsieur le Duc faisant la même manœuvre, sans avoir besoin d'émulation. Le duc d e Vendôme, petit-fds de Henri IV, était aussi lieutenant-général dans cette armée. 11 servait depuis l'âge de douze ans; et (pioiqu'il en eût alors quarante, il n'avait pas encore commandé en chef. Son frère le grand prieur 2 était auprès de lui.

H fallut que tous ces princes se missent à la tête de la

1. Corps d'élite composé de Irou- 1 Tem|ile; Voltaire jeune avait beau-> pes à pied et à cheval. coup IVéqueiilé le cercle de spiri-

2. Graud prieur de l'ordre du ' luels épicuriens qu'il présidait. I

maison du roi, avec le duc de Choiseul, pour chasser un corps d'Anglais qui gardait un poste avantageux, dont le succès de la bataille dépendait. La maison du roi et les Anglais étaient les meilleures troupes qui fussent dans le monde. Le carnage l'ut grand. Les Français, encouragés par cette foule de princes et de jeunes seigneurs qui combattaient autour du général, l'emportèrent enfin. Le régiment de Champagne défit les gardes anglaises du roi Guillaume, et quand les Anglais furent vaincus, il fallut que le reste cédât.

Boufflers, depuis maréchal de France*, accourait dans ce moment même de quelques lieues du champ de bataille avec des dragons, et acheva la victoire.

Le roi Guillaume, ayant perdu environ sept mille hommes, se relira avec autant d'ordre qu'il avait attaqué; et toujours vaincu, mais toujours à craindre, il tint encore la campagne. La victoire, due à la valeur de tous ces jeunes princes et de la plus florissante noblesse du royaume, fit à la cour, à Paris, et dans les provinces, un effet qu'aucune bataille gagnée n'avait fait encore.

Monsieur le Duc, le prince de Conti, MM. de Vendôme et leurs amis, trouvaient en s'en retournant les chemins bordés de peuple. Les acclamations et la joie allaient jusqu'à la démence. Toutes les femmes s'empressaient d'attirer leurs regards. Les hommes portaient alors des cravates de dentelle qu'on arrangeait avec assez de peine et de temps. Les princes, s'étaient habillés avec précipitation pour le combat, avaient passé négligemment ces cravates autour du cou : les femmes portèrent des ornements faits sur ce modèle; on les appela des steinkerques. Toutes les bijouteries nouvelles étaient à la Steinkerque. Un jeune homme qui s'était trouvé

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