IX. — SYSTEME DE LAW
Ce lameux système de Lass, qui semblait devoir ruiner la régence et l'État, soutint en effej l'une et l'autre par des conséquences que personne n'avait prévues.
11 arriva, par un prestige dont les ressorts ne purent être visibles qu'aux yeux les plus exercés et les plus fins, qu'un système tout chimérique enfanta un commerce réel, et lit renaître la Conq)agnie des Indes, établie autrefois par ^ le célèbre Colbert*, et ruinée par les guerres. Enfin, s'il y eut beaucoup de fortunes particuHères détruites, la nation devint bientôt plus commerçante et plus riche. Ce système
1. Toullc caraclére français, avec son aimable mélange d'enthousiasme et de frivolité, se peint dans «es quelques lignes.
2. En lOei. La perte de nos possessions de rtlindouslan en 1763 (traité de Paris) la fit disparaître déliiiitivemonl.
éclaira les esprits, comme les guerres civiles aiguisent les courages.
Ce fut une maladie épidémique qui se répandit de France en Hollande et en Angleterre; elle mérite l'attention de la postérité; car ce n'était point l'intérêt politique de deux ou trois princes qui bouleversait des nations'. Les peuples se précipitèrent d'eux-mêmes dans cette folie, qui enrichit quelques familles, et qui en réduisit tant d'autres à la mendicité. Voici quelle fut l'origine de cette démence, précédée et suivie de tant d'autres folies.
Un Écossais, nomnu^ Jean Law, que nous nom nions Jean Lass-, qui n'avait d'aulie métier (pie d'èlre grand joueur et grand calculateur, obligé de fuir de la Grande- Bretagne pour un meurtre^, avait dès longtemps rédigé le plan d'une compagnie qui payerait en billets les dettes d'un État, et qui se rembourserait par les profits. Ce système était très compliqué; mais, réduit à ses justes bornes, il pouvait être très utile. C'était une imitation de la banque d'Angleterre et de sa Compagnie des Indes. 11 proposa cet établissement au duc de Savoie, depuis premier roi de Sardaigne*, Victor-Amédée, qui répondit qu'il n'était pas assez puissant pour se ruiner. Il le vint proposer au contrôleur général Desinarets»; mais c'était dans le temps d'une guerre malheureuse, où t-oule confiance était perdue, et la base de ce système était la confiance.
Enfin, il trouva tout favorable sous la régence du duc d'Orléans : deux milliards de dettes à éteindre, une paix
1. Voltaire a toujoursèlé indigné des cataclysmes politiques, en particulier des guerres, produits par le bou plaisir des princes. Voy. jdus loin le morceau sur la Giunc.