‹ Extraits en prose de VoltaireChapitre 38 sur 259 · BATAILLE DE PULTAVA · texte numérisé non relu

BATAILLE DE PULTAVA

Ce fui le 8 juillet de l'année 1700 que se donna cette bataille décisive de Pullava, entre les deux plus singuliers monarques cpii fussent alors dans le monde : Charles XII, illustre par neuf années de victoires, Pierre Alexiowitz par neuf années de peines, prises pour former des troupes égales aux troupes suédoises ; l'un glorieux d'avoir donné des Etals, l'autre d'avoir civilisé les siens: Charles aimant lesdangerset ne combattant que pour la gloire, Alexiowitz ne fuyant point le péril et ne faisant la guerre que pour ses intérêts; le monarque suédois libérai par grandeur d'càme, le Moscovite ne donnant jamais que par quelque vue; celui-là d'une sobriété et d'une continence sans exemple, d'un natm'cl magnanime et qui n'avait été barbare qu'une fois', celui-ci n'ayant pas dépouillé la rudesse de son éducation et de son pays, aussi terrible à ses sujets siqu'admirable aux étrangers, et trop adonné à des excès qui ont même abrégé ses jours. Charles avait le titre d'?n-

1. .\llusion au siipiiliio ilii I.ivonicn l'nlkul qui avait quitit' \c servioo (If ia Suède pour i-pIui de la fiusstp et qui représentait le czar anpris d'Auguste II, roi de Pologne.

— Cliurles Xil Viiiiigueur exigea que

PaiKul lui fut livré, au mépris du droit des g£us, le traduisit devant lui conseil de guerre, et le lit périr dans d'horribles supplices (1707). — Voltaire a raconté ce drame au livre III de son Chnrles Xll.

vincible, qvCun moment pouvait luiôter; les nations a,vaient déjà donné à Pierre Alexiowitz le nom de grand, qu'une défaite ne pouvait lui faire perdre, parce qu'il ne le devait pas à des victoires'.

Pour avoir une idée nette de celte bataille et du lieu où elle fut donnée, il faut se figurer Pultava au nord, le camp du roi de Suède au sud, tirant un peu vers l'orient, son bagage derrière lui à environ un mille, et la rivière de Pultava- au nord de la ville, coulant de l'orient à l'occident.

Le czar avait passé la rivière à une lieue de Pultava, du côté de l'occident, et commençait à former son camp.

A la pointe du jour, les Suédois parurent hors de leurs tranchées avec quatre canons de fer pour artillerie : le reste fut laissé dans le camp avec environ trois mille bonnnes ; quatre mille demeurèrent au bagage : de sorte que l'armée suédoise marcha aux ennemis forte d'environ vingt et un mille hommes, dont il y avait environ seize mille Suédois'.

Les généraux Relmskold, Roos, Levenhaupt, Slipenbach, Hoorn, Sparre, llamillon, le prince de Wurtemberg, parent du roi, et quelques autres, dont la plupart avaient vu la bataille de Narva'^, faisaient tous souvenir les officiers subalternes de cette journée où huit mille Suédois avaient détruit une armée de quatre-vingt mille Moscovites dans un camp retranché. Les officiers le disaient aux soldats, tous s'encourageaient en marchant.

Le roi conduisait la marche porté sur un brancard^ à la tète de son infanterie. Une partie de la cavalerie s'avança

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