‹ Extraits en prose de VoltaireChapitre 39 sur 259 · Il avait élé blessé d'une balle · texte numérisé non relu

Il avait élé blessé d'une balle

près un témoignage plus auto- au talon le 27 juin, pendant une I reconnaissance

52 EXTfîAITS EN PROSE DE VOLTAIRE.

par son ordre pour attaquer celle des ennemis; la bataille commença par cet engagement à quatre heures et demie du matin : la cavalerie ennemie était à l'occidenl, à la droite du camp moscovite; le prince MenzikotT et le comte Gollovin l'avaient disposée par intervalles entre des redoutes garnies de canons. Le général Slipenbach, à la tète des Suédois, fondit sur cette cavalerie. Tous ceux qui ont servi dans les troupes suédoises savent qu'il était presque impossible de résister à la fureur de leur premier choc. Les escadrons moscovites fjH-ent rompus et enfoncés, Le czar accourut lui-même pour les rallier; son chapeau fut percé d'uni' balle de mousquet; Menzikolf eut trois chevaux tués sons lui : les Suédois crièrent victoire.

Charles ne douta pas que la bataille ne fût gagnée; il avait envoyé au miheu de la nuit le général Creulz avec cinq mille cavaliers ou dragons, qui devaient prendre les ennemis en flanc, tandis qu'il les attaquerait de front; mais son malheur voulut (pie Creulz s'égarât et ne parut jiuint. Le czar, qui s'était cru perdu, eut le temps de laliier sa cavalerie. Il fondit à son tour sur celle du roi, (pii, n'étant point soutenue par le détachement de Creulz, fut rompue à son tour ; Slipenbach même fut fait prisonnier dans cet engagement. En même temps soixante-douze canons tiraient du camp sur la cavalerie suédoise, et l'infanterie russienne débouchant de ses lignes venait attaquer celle de Charles.

Le czar détacha alors le prince Menzikoff, pour aller se poster entre l'ultava et les Suédois : le pi'ince Menzikolf exécuta avec habileté et avec promptitude l'oi'dre de son maître; non seulement il coupa la conmiunicalion entre l'armée suédoise et les troupes restées au camp devant Pnltava, mais ayant rencontré un corps de réserve de trois mille hommes, il l'enveloppa et le tailla en pièces. Si

MenzikolT fit cette manœuvre de lui-même, la Russie lui dut sou salut ; si le czar l'ordouua, il était un digne adversaire de Charles Xll. Cependant, rinfanlerie moscovite sortait de ses lignes et s'avançait en bataille dans la plaine. D'un autre côté, la cavalerie suédoise se ralliait à un quart de lieue de l'armée ennemie; et le roi, aidé de son leidmaréchal Rehnskôld, ordonnait tout pour un combat général.

11 rangea sur deux lignes ce (jui lui restait de troupes, son infanterie occupant le centre, sa cavalerie les deux ailes. Le czar disposa son armée de même; il avait l'avantage du nombre et celui de soixante-douze canons, tandis que les Suédois ne lui en opposaient que quatre, et qu'ils commençaient à manquer de poudre.

L'empereur moscovite était au centre de son armée, n'ayant alors que le titre de major général, et semblait obéir au général Sheremetoff; mais il allait, comme empereur, de rang en rang, monté sur un cheval turc, qui était un présent du Grand-Seigneur, exhortant les capitaines et les soldats, et promettant à chacun des récompenses.

A neuf heures du matin, la bataille recommença ; une des premières volées du canon moscovite emporta les deux chevaux du brancard de Charles : il en fit atteler deux autres ; une seconde volée mit le brancard en pièces, et renversa le roi. De vingt-quaire drabans ' qui relayaient pour le porter, vingt et un turent tués. Les Suédois, consternés, s'ébranlèrent, et le canon ennemi continuant à les écraser, la première ligne se replia sur la seconde, et la seconde s'enfuit. Ce ne fut, en cette dernière action, qu'une ligne de dix mille hommes de l'infanterie russe qui mit en déroute l'armée suédoise, tant les choses étaient changées.

Tous les écrivains suédois disent qu'ils auraient gagné

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