IV. — UNE EDUCATION PRATIQUE
Le père' et la mère donnèrent d'abord un gouverneur au jeune manjuis : ce gouverneur, qui était un homme du bel air, el qui ne savait rien, ne put rien enseignera son pupille. Monsieur voulait que son fils apprit le latin, madame ne le voulait pas. Ils prirent pour un arbitre un auteur qui était célèbre alors par des ouvrages agréables*. 11 fut prié à diner. Le maître de la maison commença par lui dire : (( Monsieur, comme vous savez le latin, et que vous êtes un v/ lionnne de la cour.... — Moi! monsieur, du latin! je n'en sais pas un mot, répondit le bel-esprit, et bien m'en a pris : il est clair qu'on parle beaucoup mieux sa langue quand on"l ne partage pas son application entre elle et les langues I ' étrangères. Voyez toutes nos dames, elles ont l'esprit plus agréable que les hommes; leurs lettres sont écrites avec cent fois plus de grâce; elles n'ont sur nous cette supériorité que parce qu'elles ne savent pas le latin.
— Eh bien ! n'avais-je pas raison? dit madame. Je veux que mon fils soit un homme d'esprit, qu'il l'éussisse dans le monde; et vous voyez bien que, s'il savait le latin, il sérail perdu. Joue-t-on, s'il vous plaît, la comédie et l'opéra en latin? plaide-t-on en latin, quand on a un procès? faiton l'amour en latin ^? » Monsieur, ébloui de ces raisons, passa condamnation, et il fut conclu que le jeune marquis ne perdrait point son temps à connaître Cicéron, Uorace et
1. M. Jennnot, marchand do luii- Icls 011 Auverg-iie. s'ost i-m'iclii, a fait l'atiiuisiliou d'un niai(iuibat, lI
estainsi devenu M. de la Jeannotière.