Rédigé par le récollet Hayor. ' ïliitrod.,i>. \\\i
vous serez élonnée d'entendre chauler en parties. C'est encore là un art qui vous était inconnu.
Voici, nuulanie, une petite lunette; ayez la bonté d'appliquer votre œil à ce verre, regardez cette maison qui est à une lieue.
TuLLiA. — Par les dieux immortels, celte maison est au bout de ma lunette, et beaucoup plus grande qu'elle ne paraissait I
M. LE DUC. — Eh bien ! madame, c'est avec ce joujou que nous avons vu de nouveaux cieux, comme c'est avec une aiguille' que nous avons connu un nouvel hémisphère. Voyez-vous cet autre instrument verni dans lequel il y a un petit tuyau de verre proprement enchâssé? c'est cette bagatelle- qui nous a fait découvrir la quantité juste de la pesanteur de l'air.
Enfin, après bien des tâtonnements, il est venu un homme qui a découvert le premier ressort de la nature, la cause de la pesanteur, et qui a démontré que les astres pèsent sur la terre, et la terre sur les astres. Il a parfilé la lumière du soleil, comme nos dames partilent une étoile d'or.
TuLLiA. — Qu'est-ce que parfiler, monsieur?
M. LEDUC. — Madame, l'équivalent de ce mot ne se trouve pas dans les oraisons de Cicéron. C'est eftiler une étofi'e, la détisser fil à tll, et en séparer l'or; c'est ce que Newton a l'ait des rayons du soleil; les astres lui ont été soumis, et un nommé Locke en a fait autant de l'entendement humain '.
TuLLU. — Vous en savez beaucoup pour un duc et pair ; vous me paraissez plus savant que ce savant qui veut que je trouve ses veis bons, et vous êtes beaucoup plus poli que lui.
1 . L'aiguil](\ (le la boussole. 1 3. Sur Newton et sur Locke, voy.
i;. Lui)uromè;ie. I 17rt/>v<rf.,i). xi el xxxvi.
M. LE DUC. — Madame, c'est que j'ai été mieux élevé; mais pour ma science, elle est très commune ; les jeunes gens, en sortant des écoles, en savent plus que tous vos philosophes de l'antiquité*. C'est dommage seulement que nous ayons, dans notre Europe, substitué une demi-douzaine de jargons très imparfaits à la belle langue latine dont votre père fit un si admirable usage ; mais avec des instruments grossiers nous n'avons pas laissé de faire de très bons ouvrages, même dans les belles-lettres.
TuLLiA. — 11 faut que les nations qui ont succédé à l'empire romain aient toujours vécu dans une paix profonde, et qu'il y ait eu une suite continue de grands hommes depuis mon père jusqu'à vous, pour qu'on ait pu inventer tant d'arts nouveaux, et que l'on soit parvenu à connaitre si bien le ciel et la terre ?
M. LE DUC. — Point du tout, madame; nous sommes des barbares qui sommes venus presque tous de la Scythie détruire votre empire, et les arts et les sciences. Nous avons vécu sept à huit cents ans comme des sauvages. Ce (jui vous étonnera, c'est que, dans les derniers siècles de celte barbarie, la nature a suscité des honnnes utiles. Les uns ont inventé l'art de secourir la vue alfaiblie par l'âge ; les autres ont pétri du salpêtre avec du charbon, et cela nous a valu des instruments de guerre avec lescjucls nous auriojis exterminé les Scipions, Alexandre et César, et la phalange macédonienne, et toutes vos légions : ce n'est pas que nous soyons plus grands capitaines que les Scipion. les Alexandre et les César, mais c'est (pie nous avons de meilleures armes.
Tlllia. — Je vois toujours en vous la politesse d'un grand seigneur avec l'érudition d'un homme d'État; vous auriez été digne d'être sénateur romain.