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2. -Mme du Cliàtelel, en compagnie de qui Volliiire avait passé seize ans de sa vie, était morte en septemliiv 17i9.
3. Il y était allé une première fois en 17-i:ï. chargé d'une mission diplomatiijue oflicieuse.
-i. .\stolpiie et la fée Alcine, personnages de r.\rioste.
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n^u dons le palais d'Alcine. Etre logé dans l'appartement (|u'avait eu le maréchal de Saxe, avoir à ma disposition les cuisiniers dn loi (piand je voulais manger chez moi, et les cochers quand je voulais me promener, c'étaient les moindres faveurs qu'on me faisait. Les soupers étaient très agréables. Je ne sais si je me trompe, il me semble qu'il y avait bien de l'esprit; le roi en avait et en faisait avoir; et, ce qu'il y a de plus extraordinaire, c'est que je n'ai jamais fait de repas si libres. Je travaillais deux heures par jour avec Sa Majesté; je corrigeais tous ses ouvrages, ne manquant jamais de louer beaucoup ce qu'il y avait de bon, lorsque je raturais tout ce qui ne valait rien. Je lui n'udais raison par écrit de tout, ce qui composa une rhétorique et une poétique à son usage; il en profita, et son génie le servit encore mieux que mes leçons. Je n'avais mdle cour à faire, nulle visite à rendre, nul devoir à reml)lir. Je m'étais fait une vie libre, et je ne concevais rien de plus agréable que cet état,
Alcine-Frédéric, qui me voyait déjà la tète un peu tournée, redoubla ses potions enchantées pour m'enivrer tout à fait. La dernière séduction fut une lettre qu'il m'écrivit de son appartement au mien. Une maîtresse ne s'expli(|ue pas plus tendrement; il s'efl'orçait de dissiper dans cette lettre la crainte que m'inspiraient son rang et son caractère : elle portait ces mots singuliers :
(( Comment pourrais-je jamais causer l'infortune d'un homme que j'estime, ((ue j'aime, et (jui me sacrifie sa patrie et tout ce (jue l'humanité a de plus cher?... Je vous aime comme un ami vertueux. Quel esclavage, quel malheur, quel changement y a-t-il à craindre dans un pays où l'on vous estime autant que dans votre patrie, et chez un ami qui a un cœur reconnaissant? J'ai respecté l'amitié qui vous liait à Mme du Chàtelel; mais, après elle, j'étais
un de vos plus anciens amis*. Je vous promets que vous serez heureux ici autant ((ue je vivrai. »
Voilà une lettre telle que peu de majestés en écrivent. Ce futle dernier verre qui m'enivra. Les protestations débouche furent encore plus fortes que celles par écrit. Oubliant un moment que je n'avais pas la main belle, il mêla prit pour la baiser. Je lui baisai la sienne, et je me fis son esclave. Il fallait une permission du roi de France pour appartenir à deux maîtres. Le roi de Prusse se chargea de tout.
Il écrivit pour me demander au roi mou maître. Je n'imaginai pas qu'on fût choqué à Versailles qu'un gentilhomme ordinaire de la chambre, qui est l'espèce la plus inutile de la cour, devint un inutile chambellan à Berlin. On me donna toute permission. Mais on fut très piqué; et on ne me pardonna point. Je déplus fort au roi de France-, sans plaire davantage à celui de Prusse, qui se moquait de moi dans le fond de son cœur.
Me voilà donc avec une clef d'argent doré pendue à mon habit, une croix au cou, et vingt mille francs de pension. Maupertuis' en fut malade, et je ne m'en aperçus pas. 11 y avait alors un médecin à Berlin, nommé La Métrie, le plus franc athée de toutes les facultés de médecine de l'Europe* ; homme d'ailleurs gai. plaisant, étourdi, tout aussi instruit de la théorie qu'aucun de ses confrères, et, sans contredit, le plus mauvais médecin de la terre dans la pratique : aussi, grâces à Dieu, ne pratiquait-il point. Il s'était moqué de toute la faculté à Paris, et avait même écrit contre les médecins beaucoup de personna-
i. Leurs premières relation?*, par lettres, (ial.Ticnl de 175(5.