‹ Extraits en prose de VoltaireChapitre 75 sur 259 · Voy. plus haut, p. 93. — Ce · texte numérisé non relu

Voy. plus haut, p. 93. — Ce

géomètre, nommé en 17 10 président de l'Aeadémie de Berlin, avait la prétention d'y briller sans rival.

i. Il s'était fait chasser suecessivemenl de France et de Hollande.

lités qu'ils no pardonnt'rfiit point ; ils obtinrent contre lui un décret de prise de corps. La Métrie s'était donc retué à Berlin, où i\ amusait assez par sa gaieté; écrivant d'ailleurs, et faisant imprimer tout ce qu'on peut imaginer de plus effronté sur la morale*. Ses livres plurent au roi. qui le fit, non pas son médecin, mais son lecteur.

Un jour, après la lecture, La Méirie, qui disait au roi tout ce qui lui venait dans la tète, lui dit qu'on était bien jaloux de ma faveur et de ma fortune. « Laissez faire, lui dit le roi, on presse l'orange, et on la jette quand on avalé le jus. rt La Métrie ne manqua pas de me rendre ce bel apoplithegme, digne de Denys de Syracuse.

Je résolus dès lors de mettre en sûreté les pelures de l'orange. J'avais environ trois cent mille livres à placer. Je me gardai bien de mettre ce fonds dans les États de mon Alcine; je le plaçai avantageusement sur les terres (pie le duc de Virtemberg possède en France. Le roi, qui ouvrait tontes mes lettres, se douta bien que je ne prétendais pas rester auprès de lui. Cependant la fureur de faire des vers le possédait comme Denys. Il fallait que je rabotasse continuellement, et que je revisse encore son Histoire de Brandebourg, et tout ce qu'il composait.

La Métrie mourut après avoir mangé chez milord Tyrconel, envoyé de France, tout un pâté farci de truites, après lin très long dîner.

Maupeituis, qui savait l'anecdote de l'écorce d'orange, prit son temps pour répandre le bruit que j'avais dit cpie la charge d'athée du roi était vacante. Cette calomnie ne réussit pas; mais il ajouta ensuite que je trouvais les vers du roi mauvais, et cela réussit.

1. VHomme-mnchine et VHom- 1 lo matérialisme le plus grossier, mc-ptante, .ouvrages inspirera par | C()iiiiiieleiuslilre=riii(li(iueul assez.

Je m'aperçus que depuis ce temps-là les soupers du roi n'étaient plus si gais; on me donnait moins de versa corliger. ma disgrâce était complète.

Algarotli, Darget', et un autre Français nommé Cliazol qui était un de ses meilleurs ofliciers, le quittèrent tous il la fois. Je me disposais à en faire autant. .Mais je voulus auparavant me donner le plaisir de me moquer d'un livre que Maupertuis venait d'imprimer^. L'occasion était belle; on n'avait jamais rien écrit de si ridicule et de si fou. Le bonhomme proposait sérieusement de faire un voyage droit aux deux pôles, de disséquer des tètes de géants, pour connaître la nature de r<àme par leurs cervelles; de bâtir une ville où l'on ne parlerait que latin; de creuser un trou jusqu'au noyau de la terre; de guérir les maladies en enduisant les malades de poix résine; et enfin de prédire l'avenir en exaltant son âme.

Le roi rit du livre, j'en ris^, tout le monde en rit. Mais il se passait alors une scène plus sérieuse, à propos de je ne sais quelle fadaise de mathématique que Maupertuis voulait ériger en découverte. Un géomètre plus savant, nommé Koenig, bibliothécaire de la princesse d'Orange, à la Haye, lui lit apercevoir qu'il se tronquait, et que Leibniz, qui avait autrefois examiné cette vieille idée, en avait démontré la fausseté dans plusieurs de ses lettres, dont il lui montra des copies.

Maupertuis, président de l'Académie de Berlin, indigné qu'un associé étranger lui prouvât ses bévues, persuada dabord au roi que Koenig, en qualité d'homme établi en

1. Algarotti, Florentin, était sou cliambellau; Darget, sou lecteur et secrétaire.

Page 1