‹ Extraits en prose de VoltaireChapitre 90 sur 259 · Vii-ffile, .'En., VI, 129 et suiv · texte numérisé non relu

Vii-ffile, .'En., VI, 129 et suiv

Bien peu l'ont pu : fils des

dieux, que Jupiter a chéris ou que l'ardeur de leur courage a élevés jusqu'au ciel.

arts, avec le goùl sensuel : car le gourmet sent et reconnaît proniplement le mélange de deux liqueurs; riiomnie de goùl, le connaisseur, verra d'un coup d'œil prompt le mélange de deux styles ; il verra un défaut à côté d'un agrément ; il sera saisi d'enthousiasme à ce vers des Horaces :

Que vouliez-vous qu'il fit contre trois? — (lifil mourût! il sentira un dégoût involontan^e au vers suivant' :

Ou qu'un beau désespoir alors le secourût.

(Acte III, scène v;.)

Comme le mauvais goût, au physique, consiste à n'être flatté que par des assaisonnements trop piquants et trop recherchés, ainsi le mauvais goût dans les arts est de ne se plaire qu'aux ornements étudiés, et de ne pas sentir la belle nature.

Le goût dépravé dans les aliments est de choisir ceux qui dégoûtent les autres hommes; c'est une espèce de maladie. Le goût dépravé dans les arts est de se plaire à des sujets (jui révoltent les esprits bien faits-, de préférer le burlesque au noble, le précieux et l'aflecté au beau simple et naturel : c'est une maladie de l'esprit. On se forme le goût des arts beaucoup plus que le goût sensuel; car dans le goût physique, quoiqu'on finisse par aimer les choses pour lesquelles on avait d'abord de la répugnance, cependant la nature n'a pas voulu que les hommes, en général, apprissent à sentir ( (■ (jui leur est nécessaire^. Mais le goût intellectuel demande

1. f^rilique peu fondée. — L'Hor;i((' (le Coiiieille a déjà dil :

Qui veul mourir ou vaincre est vaincu [rarement.

2. Oui; mais ces esprits i)ien faits, qui sont-ils? — La difficulté reste entière.

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